L’approche des anglos québécois quant à la gestion des écoles


Afin de poursuivre ma réflexion quant aux changements proposés par rapport aux structures scolaires j’ai consulté les journaux anglophones. Question de comprendre comment les anglos, du moins leurs représentants, voient la question.

Selon, un article trouvé dans la Gazette de Montréal, le 9 janvier (voir, David Johnston, An «ideas lab» for education) les lois provinciales permettent aux commissions scolaires anglophones de faire les choses différemment tout en obtenant de très bons résultats. Parmi les différences notables, si on compare les commissions scolaires anglophones et francophones, on relève des relations de travail distinctes.  Le journaliste soulignant la retraite du négociateur spécialisé en relations de travail, Ben Huot, rapporte cinq différences entre les deux systèmes soient  l’entente perdant-payeur en matière de griefs, la gestion située des ententes collectives, les bonus pour les activités extra-curriculaires, la formation entre pairs et l’évaluation du personnel enseignant aux trois ans. Je résume ici, les principaux points.

Primo, dès 2000, le syndicat des enseignants du côté anglophone a accepté une forme d’arbitrage des griefs, exigeant que le perdant soit responsable des coûts de l’arbitrage. Selon Huot, cette manière de faire, tout en responsabilisant les deux partis, a permis de réduire le nombre de griefs de manière considérable. Lorsque les partis acceptent de procéder de la sorte, les griefs sont traités à l’intérieur de 60 jours. Du côté francophone, on a plutôt opté pour une approche 50-50, qui de l’avis de Huot déresponsabilise les deux partis

Deusio, le journaliste décrit l’approche de gestion de l’école située.  Cette manière de faire, permet de modifier les ententes collectives si les 3/4 des enseignants d’une école sont en accord. Cette manoeuvre facilite l’instauration de projets spéciaux.

Tiertio,  plus récemment, le syndicat des enseignants a conclu une entente afin de permettre la bonification des salaires des enseignants et enseignantes participant aux activités parascolaires. 12 à 15% du personnel enseignant bénéficie de ces bonus, on vise d’ailleurs à augmenter le nombre d’enseignants participant aux activités extra-curriculaires. Les commissions scolaires francophones observent la situation avec intérêt.

Quarto, dans le moment, il est question d’élargir la tâche des enseignants afin que ces derniers puissent contribuer à former les nouveaux enseignants et assurer la formation continue des autres. Justifiant cette approche par le fait que bien des conseillers pédagogiques n’ont pas enseigné depuis 6 à 10 ans, on juge que les enseignants actifs peuvent contribuer efficacement.

Quinto, le personnel enseignant est déjà évalué à tous les trois ans, le but visé étant non pas le congédiement du personnel mais son amélioration. Cette pratique date déjà de 15 ans. Huot s’oppose à une évaluation basée sur la performance des élèves puisque le personnel enseignant n’a aucun contrôle sur le type d’élèves qu’il aura à former d’une année à l’autre. Du côté francophone, le syndicat s’oppose à cette idée.

En ce qui à trait aux propositions de la CAQ, Huot  est d’accord avec l’augmentation de salaire, il rappelle que le Québec est la province canadienne qui paie le moins ses enseignants. En ce qui concerne les commissions scolaires, sans donner d’opinion définitive, il déclare être en faveur d’une plus grande décentralisation des pouvoirs du gouvernement québécois en matière scolaire. Conscient des problèmes économiques et que des changements sont à vernir, il signale que la flexibilité et les possibilités d’innover et d’expérimenter accordées aux commissions scolaires anglophones servent à la fois les francophones et les anglophones. Il rappelle que dans toute cette histoire de changements proposées par rapport aux structures scolaires, le droit des anglophones de gérer leurs commissions scolaires n’a jamais été remis en question.

En somme, un regard sur les relations de travail entretenues dans le secteur anglophone permet de faire quelques constats. Le système est doté de flexibilité et facilite l’instauration de projets particuliers, il promouvoit la responsabilité des acteurs, il dépasse le cadre académique en encourageant le développement d’activités para-scolaires, les pairs assurent un suivi professionnel et l’évaluation est fondée sur des critères reconnus. En raison de leur situation différenciée, les membres de la communauté auront un regard différent sur les propositions de la CAQ et celles du parti libéral. Une chose est certaine, les anglos tiennent mordicus à leur droit de gérer leur école. Quoique Huot ne semble pas croire que ce droit est menacé, il n’en va pas de même pour d’autres acteurs attachés au statu quo interprétant la proposition de la CAQ en termes d’atteinte à leurs droits et voyant négativement la proposition des libéraux de réduire les budgets.

Pour ma part, je vois d’un bon oeil les relations de travail, telles que négociées dans le secteur anglophone. L’évaluation critériée me semble de loin préférable à l’évaluation basée sur la performance, principalement parce que cette dernière conduit à des dérapages et est loin d’être propice en milieu scolaire. De surcroît, je pense que les pairs sont les mieux placés pour suivre et aider un enseignant éprouvant des difficultés Je vois aussi positivement une bonification des salaires pour le personnel enseignant participant aux activités para-scolaire, je crois que les élèves bénéficient grandement de la présence d’un professionnel qualifié lors d’activités. L’idée de responsabiliser les acteurs du système semble rendre ce dernier plus efficace.  Enfin, la flexibilité accordée à l’équipe école dans le domaine de la convention collective permet d’adapter le projet scolaire aux besoins de la communauté scolaire.

Les syndicats du côté francophone, au risque de se voir imposer certaines mesures questionnables, gagneraient peut-être à revisiter pendant qu’il est encore temps leur convention collective?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s