Le programme du congrès de fondation de la CAQ: une critique de la section A, l’Éducation


La Coalition Avenir Québec lançait hier son cahier du participant  pour son congrès de fondation qui aura lieu à Victoriaville le 20 et 21 avril 2012.  Le cahier présente des propositions touchant cinq  domaines reliés aux secteurs de l’Éducation, de la santé et des familles, des finances publiques et de la gouvernance, du développement économique et du développement régional et de la métropole. La première section, celle qui m’intéresse, porte sur l’Éducation et  comptent dix propositions.

En guise d’ introduction , la CAQ annonce son intention de faire du système éducatif québécois, un des meilleurs au monde d’ici 2020. Selon les auteurs du document, les problèmes actuels relèvent du manque d’adéquation du système éducatif avec les réalités sociales et économiques, le manque de valorisation des enseignant-es, le peu de pouvoirs exercés par l’école, le manque de ressources et la lourdeur des structures scolaires. Dans le but de réduire le taux de décrochage et d’ améliorer la qualité de l’éducation,  la CAQ propose des solutions axées vers un recentrement  des ressources vers  l’école,  une meilleure définition des rôles et des responsabilités des intervenants et un enseignement de qualité.

En référant aux 10 sections, j’offre une critique basée sur mes connaissances et mon expérience en tant que membre d’un conseil d’établissement.

1. Donner plus d’autonomie aux écoles

-C’est ce que visait la Réforme de 2000. Dans certains endroits, cela n’a pas fonctionné. Selon mes observations, la situation prévaut parce que les parents, membres des conseils d’établissement sont élus pour 2 ans et sont confrontés à un système plus ou moins fixe mis en place par la direction, les fonctionnaires et les commissaires. Parfois des associations ou des fondations sont présentes depuis fort longtemps et collaborent avec les commissions scolaires et les écoles. Pour que le pouvoir des parents membres du conseil d’établissement soit reconnu, il faudrait peut-être augmenter la durée des mandats des parents, mieux les former, resserrer la législation relative aux fondations et aux associations et faire des suivis.

-La CAQ propose de remplacer les commissions scolaires par des services régionaux. Il faudrait ici rajouter, des services régionaux autonomes. Dans certaines commissions scolaires, les fondations et associations se sont octroyées des pouvoirs et feront tout pour les garder.

-En ce qui a trait aux commissions scolaires anglophones, la CAQ croit que les droits de la communauté  ainsi que sa représentativité seront respectés au sein des conseils d’établissements. Or, c’est mal connaître le fonctionnement des commissions scolaires anglophones. Ces dernières comptent des associations de parents, anciens parents et membres de la communauté qui  s’opposent déjà à l’abolition des commissions scolaires. Pour mieux comprendre les véritables raisons de cette opposition, il faut comprendre le système de financement qui relie la commission scolaire, les fondations, les associations et la commnunauté.

2. Revaloriser la profession des enseignants

-Entièrement d’accord, avec l’idée d’augmenter les salaires. Par ailleurs, si les mesures déjà en place afin d’assurer la qualité de l’enseignement ne sont pas  efficaces,  un Ordre professionnel  pourrait permettre d’améliorer le système.  Finalement, la CAQ fait montre de flexibilité en visant une évaluation des enseignant-es qui dépasse le critère de performance des élèves, ce qui est une amélioration par rapport à sa  position de départ.

3. Améliorer la réussite scolaire des élèves

-Ici, il semble que la CAQ fait l’erreur de réduire le décrochage à un secteur socio-économique et vise à améliorer les conditions dans les écoles situées dans les milieux défavorisés. Or, quoique les milieux défavorisés doivent faire partie de toute résolution visant à réduire le décrochage, il y a des élèves en difficultés dans les milieux favorisés qui manquent aussi de ressources. C’est pourquoi, je crois qu’il faudrait aussi penser à fixer les balises du financement et les bonus aux enseignant-es à partir du pourcentage d’élèves en difficultés par classe dans tous les milieux.

-L’idée de valoriser la formation professionnelle et technique est aussi une excellente stratégie. La Finlande procède de la sorte et obtient d’excellents résultats.

-Finalement l’idée d’augmenter les taux de réussite de 72% à 80% est bonne.  Toutefois, je pense qu’il faudrait porter une attention particulière aux directions d’écoles et aux commissions scolaires par rapport  au nombre d’élèves inscrits à un plan de réussite individualisé. Dans certains cas, certains élèves pourraient être identifiés à risque puisque cela évite de compiler leurs résultats aux examens du ministère.  Il faudrait resserrer les critères et en informer les parents. L’école devrait aussi publier le nombre d’élèves bénéficiant d’un plan  éducatif individualisé et le ministère pourrait fixer des cibles de performance selon le type de difficultés.

4. Augmenter les ressources dédiées aux enfants aux prises avec des difficultés d’apprentissage

-Ici la proposition vise  l’ajout de ressources additionnelles alors qu’auparavant on parlait de dépistage précoce. Or, avant de rajouter des ressources,  je  crois  qu’il faudrait revoir la formation des enseignant-es et autres intervenant-es,  collaborer avec les CLSC, les services sociaux et les services communautaires afin de supporter la famille.  L’aide aux devoirs devrait faire partie de tout projet scolaire. Il faudrait aussi étudier l’impact de certaines mesures qui pourraient être appliquées à plus grande échelle. Par exemple,  dans certaines écoles, l’heure du midi est prolongée ce qui permet d’introduire des activités de support personnalisées.

5. Valoriser la formation professionnelle et technique pour une meilleure insertion sur le marché du travail

-Excellente proposition, toutefois la proposition devrait aussi contenir des objectifs quant à la gestion des flux d’étudiants dans ces secteurs. Plusieurs programmes sont déjà contingentés.

6. Favoriser les stages en entreprise

-Excellent proposition, je rajouterais toutefois, les stages rémunérés en entreprise.

7. Restructurer les priorités et les moyens dans l’enseignement des langues

-La CAQ fait de l’apprentissage du français une priorité. Pour cela, on propose d’augmenter les ressources et d’instaurer des examens nationaux à tous les niveaux.  Or, déjà, les élèves, les cégépiens et les futur-es enseignant-es sont testés. Il est trop tôt encore pour pouvoir mesurer l’impact de l’introduction de ces tests  sur le système d’enseignement. À long terme, il me semble que les mesures déjà en place, devraient favoriser l’apprentissage du français.

-Le parti appuie le programme d’anglais intensif. C’est une bonne chose, les recherches de Claude Germain de l’Uqam indiquent que c’est une méthode efficace.

– La CAQ ne fait pas mention de l’apprentissage du français chez les anglophones, pourtant il y aurait matière à réfléchir. Les programmes d’immersion et les programmes bilingues mériteraient d’être évalués, améliorés et pourquoi ne pas songer à introduire des programmes intensifs de français?

8.Augmenter le temps consacré aux matières de base au primaire

-C’était un des objectifs de la réforme de 2000. La CAQ propose de reconduire le cours d’éthique et culture religieuse au secondaire afin de consacrer plus de temps au français et aux mathématiques. Je suis plutôt de l’avis que c’est surtout en raison du manque de formation des enseignant-es du primaire qu’il faille reconduire le cours au secondaire. Quoiqu’il en soit, plus de temps consacré au français et aux mathématiques me semble une bonne idée.

9. Mieux préparer les élèves aux réalités économiques par la création d’un cours sur l’économie, les finances personnelles et l’entrepreneurship.

-Après avoir décrit le manque de connaissances des élèves dans ce domaine, la CAQ propose d’instaurer un cours au 4e secondaire, en remplacement d’un des cours à option offerts à ce niveau. Dans le programme de 2000, des mesures avaient été prises en ce sens, toutefois en raison du manque d’intérêt suscité par les domaines généraux de formation par les responsables de l’école, un cours obligatoire me semble une bonne idée.

10. Passer de l’intégration à tout prix à une intégration réussie

-La CAQ propose de resserrer les critères de classement des élèves présentant des handicaps ou des difficultés, elle vise à augmenter les ressources spécialisées et à augmenter les groupes pouvant répondre aux besoins de ces jeunes. À mon avis ici, la CAQ devrait aller voir du côté anglophone et observer comment les écoles et la communauté s’y prennent pour l’intégration des élèves en difficultés. Dans l’Ouest de l’île de Montréal, les groupes communautaires et certaines compagnies supportent les jeunes et facilitent leur intégration en leur offrant des emplois.

11. Maintenir la qualité de l’accessibilité aux études universitaires en apportant un soutien accru aux familles de la classe moyenne

-LA CAQ propose d’améliorer le programme de prêts et bourses et de moduler le remboursement des sommes en relation avec le revenu. À ceci, la CAQ propose de resserrer la gestion des universités en revenant aux contrats de performance ce qui se fera en ciblant les taux de diplômation et de recherche, à la réduction des dépenses et aux réinvestissements dans les services directs aux étudiants.  Advenant que l’ on maintienne le cap sur l’augmentation des frais de scolarité,  je pense qu’on pourrait faire beaucoup mieux pour encourager les étudiants. D’abord en rémunérant les étudiants pour les stages qu’ils font. Puis en récompensant, ceux qui font un parcours d’études sans fautes. Dans ce cas, l’absence d’échec  équivaudrait à une réduction des frais de scolarité. Ensuite, on pourrait offrir aux élèves les plus méritant du secteur public des bourses d’excellence leurs permettant de poursuivre leurs études gratuitement.

-Par ailleurs,  je prône plutôt la gratuité scolaire et je crois que les universités devraient devenir  des centres gratuits du savoir. Tout ce qui concerne l’éducation devraient être gratuit. Pour tout le reste,  le privé pourrait s’en charger. Bref, afin de maintenir le cap sur la gratuité scolaire ou le gel, il faudrait revoir notre modèle universitaire. Est-ce qu’on a vraiment besoin de toutes ces installations et ces services? Plutôt que de reproduire le modèle américain pourquoi ne pas s’inspirer des pays de l’Europe du Nord ?

Dans l’ensemble, je perçois une volonté d’améliorer des mesures déjà véhiculées par le programme de 2000. Ces propositions valent la peine d’être connues et analysées.  Je suis en accord avec les propositions portant sur la valorisation de la profession enseignante, la formation technique et professionnelle, l’augmentation des heures d’enseignement pour les matières de base, le cours visant à parfaire les connaissances dans les domaines des finances personnelles et entreprenariat. Je propose des modifications ou souligne des réticences par rapport aux propositions reliées à l’autonomie des écoles, la performance des écoles, les ressources destinées aux élèves en difficultés, les stages, les  langues. Je suis en désaccord avec l’idée de maintenir la hausse des frais de scolarité.

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