La communautarisme va-t-il à l’encontre du pluralisme?


Récemment la question des écoles communautaires fait surface. Depuis 1997, au Québec les écoles religieuses, ethniques ou autres ne sont plus acceptées dans le secteur public. Ce choix s’explique par  la volonté étatique  de privilégier, un idéal sociétaire,  le pluralisme, derrière lequel on trouve une conception particulière de l’individu.  Le programme de l’école québécoise a été élaboré selon cette conception. Or, à la lumière des événements récents, je propose une réfléxion sur la question de la compatibilité du pluralisme avec le communautarisme. Pour ce faire, je vais d’abord définir des concepts centraux, ensuite je défendrai l’idée qu’une conception n’exclut pas nécessairement l’autre, puis j’ aborderai la notion de variabilité quant à l’implantation du programme de formation de l’école québécoise, enfin je proposerai une piste de résolution.

Avant d’aller plus loin, quelques concepts nécessitent d’être expliqués. Au point de vue de la définition des concepts centraux, en consultant un ouvrage encyclopédique, on peut retenir  d’une part que le pluralisme est un concept qui admet la pluralité des tendances, des opinions dans les domaines politique, social et économique. En philosophie,  le concept est perçu en tant qu’une idéologie mettant de l’avant l’existence d’êtres libres sans liens entre eux. D’autre part, le concept de la communauté renvoit au caractère de ce qui est commun, à la similitude et à l’identité.

En surface, il semble que l’on soit devant deux conceptions de la personne en opposition. Toutefois, si on creuse un peu la question, ce n’est pas le cas.

D’abord, le pluralisme n’exclut pas nécessairement  le communautarisme. Une personne libre peut très bien se joindre de manière volontaire et réfléchie à une communauté. Notamment, c’est la cas de bien des adultes qui se joignent librement à des communautés de diverses natures. En outre, on peut observer dans le secteur scolaire public qu’à certains endroits, des écoles se communautarisent. Les parents et élèves sont réunis autour de projets communs, tel que le sport-études, école Bruntland, école internationale, anglais intensif.

Ensuite, le communautarisme n’exclut pas nécessairement le pluralisme. Le pluralisme peut prévaloir à  l’intérieur d’une communauté partageant certains traits communs. Les individus au sein d’un groupe peuvent très bien entretenir diverses opinions malgré leur appartenance au groupe. Un bon exemple, ici sont les nombreux débats au sein de l’Église catholique. En outre, un des meilleurs exemples de cette compatibilité entre le communautarisme et le pluralisme s’observe dans les faits par la réussite des écoles privées religieuses qui mettent en oeuvre le programme ministériel. Les élèves fréquentant ces écoles réussissent très bien aux examens ministériels.

Bref, le fait d’imposer une vision et d’exclure l’autre sous prétexte d’être incompatibles me semble  contestable.

Toutefois, il arrive parfois que le pluralisme et le communautarisme s’opposent.  C’est le cas notamment pour certaines communautés religieuses implantées de longue date au Québec telles que les écoles juives d’Outremont, l’École secondaire Loyola ou plus récemment les communautés évangéliques qui éprouvent des difficultés à intégrer le programme de formation de l’école québécoise. Le degré de cette compatibilité  avec le programme ministériel semble varier d’une école à l’autre.  La gestion des intérêts communautaires au profit des intérêts pluralistes ne se fait pas toujours sans heurts.

Or, malgré cette variabilité dans l’implantation du programme ministériel, toutes ces communautés, en créant des écoles, partagent un désir commun, celui d’éduquer et de former les jeunes afin qu’ils participent à la vie dans leur communauté qui fait partie de la  société québécoise. De plus, ces communautés désirent être reconnues pour ce qu’elles sont.

Ne serait-ce pas de cet angle que l’on devrait juger si elles peuvent bénéficier ou non des subventions gouvernementales : la capacité de former un futur citoyen capable de contribuer à sa communauté, conséquemment à la société québécoise;  à la contribution de cette communauté à la société ?

En imposant l’idée du pluralisme mur à mur celui-ci ne risque-t-il pas de conduire à une nouvelle forme de communautarisme? La résultante étant la création d’une communauté réunie autour des principes du pluralisme et  l’exclusion de ceux qui ne partagent pas cette orientation.

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