L’absence de compétences politique et délibérative chez les enseignants, un problème?


Depuis 2000, le ministère de l’Éducation a introduit un nouveau mode de gouvernance. En principe, ce nouveau modèle de gestion vise une décentralisation des pouvoirs de l’État vers l’école.  Officiellement, les parents se sont vus accordés une place importante au sein des conseils d’établissements. Malheureusement, à certains endroits cette reconnaissance tarde à se matérialiser. Le personnel enseignant et la direction  laissant peu de manoeuvre aux parents ce qui conduit à un mode de gouvernance dysfonctionnel.

Comment expliquer cet écart entre ce qui est visé et la pratique?

Voici quelques réponses, basées sur mes observations qui ne doivent certes pas être généralisées à l’ensemble de la province mais elles représentent la situation dans certaines écoles québécoise.

D’abord,  on dénote des carences quant aux compétences gestionnelles des membres du conseil d’établissement qui portent entrâve à  l’actualisation du plan de réussite. Effectivement, quoiqu’un plan de réussite ait été élaboré, il n’y a pas de suivi, pas de plan d’action. Les avenues identifiées dans le plan de réussite ne se transposent pas en solutions concrètes. Il y a certes beaucoup de paperasse, le personnel enseignant et la direction passent  tout leur temps à décrire la situation et  les voies qui pourraient permettent d’améliorer la situation, mais le travail de concertation au niveau du conseil d’établissement qui pourrait permettre  la réalisation du plan ne se produit pas.

Puis, on remarque une quasi absence de compétences  délibératives. Notamment, faute d’un cadre le permettant, je dirais même qu’ il y a ni culture délibérative ni aménagement pour le conflit et sa  résolution. Le conseil d’établissement est perçu en tant qu’un conseil administratif. Le projet scolaire est fixe, il faut simplement rester à l’intérieur des paramètres préétablis par les responsables scolaires, prendre des décisions à l’intérieur de ce cadre. Tout questionnement ou remise en question est perçu négativement.

Enfin, le personnel enseignant et la direction ne distinguent pas ce qui relève du politique et ce qui relève de leurs fonctions et pouvoirs. Trop souvent, ils imposent des décisions sans considérer les parents. Il y a pas ou peu de sondages auprès des parents. La communication avec les parents se résume à donner des informations. Il n’y a pas d’échanges. Au bout du compte, ce sont les valeurs du personnel enseignant et de la direction qui prévalent.

Somme toute, on est bien  loin, de ce qui est prévu par la loi. Pour rectifier la situation, il faudrait peut-être songer à former le personnel enseignant, la direction et les parents dans un cadre formel.  Dans le cadre de cette formation, le personnel enseignant et la direction devraient comprendre que les parents québécois ont des droits. Peut-être, faudrait-il rendre obligatoire, un sondage visant l’évaluation du projet scolaire par les parents? Ce serait drôlement intéressant, de voir ce que pense les parents de la démocratie scolaire.

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5 réflexions sur “L’absence de compétences politique et délibérative chez les enseignants, un problème?

  1. Étant moi même maman sur un conseil d’établissement depuis 5 ans je peux vous confirmer l’exactitude de votre propos.
    Les parents sont là pour approuver les décisions qui ont déjà été discutées et prises entre le personelle de l’école. Un parent qui conteste est un parent qui conteste seul devant les enseigants qui forme un tout. Les parents eux n’ont pas eu la chance de ce concerter avant l’assemblé.
    C’est vraiment un processus ridicule ou l’ensemble des parents ne peut pas sortir gagnant.

  2. Bonjour Mme Boucher,

    merci pour votre commentaire.

    Jusqu’à tout récemment,j’étais membre d’un conseil d’établissement. J’ai également pu faire le constat d’un problème quant à la prise en compte des opinions des parents. Il m’a semblé que le conseil d’établissement est plutöt percu en termes de conseil administratif. Espérons que ce n’est pas une pratique generalisée…

  3. Deux commentaires:

    1- Il est normal que les propositions au CE viennent du directeur avec la participation des enseignants. Cela découle de leurs responsabilités professionnelles et des compétences propres qui s’y rattachent. Cela tombe sous le sens quand on examine les fonctions spécifiques du CE, qui sont largement à caractère pédagogique,

    2- Il est indéniable que le pouvoir des parents s’exerce dans un contexte plus difficile puisque contrairement au personnel, ils ne vivement pas dans l’école. C’est là une contrainte « structurelle » si je peux dire. C’est à eux, sous l’impulsion possible du président qui est toujours un parent, de se donner les moyens de se concerter. Néanmoins, on peut se poser la question: que faut-il faire?

    J’ajouterai: il ne faut pas généraliser la situation décrite. J’ai entendu et lu des sons de cloche sur les CE fort positifs.

  4. Une parodie de conseil administratif sans les pouvoirs selon moi. J’étais sur le conseil d’administration d’un CPE et LA on avait des pouvoirs, de réels prises de décisions et de réels discutions.

    La prise de décision sur les conseils d’établissement et les conseils de parents ressemble en tout point a la technique utilisée avec les enfants dans la période du non. Un choix qui n’en est pas un. Veux-tu tes toasts avec de la confiture ou du beurre de peanut ? Pas question de demander des céréales.

  5. Que faire?

    Dans le cas qui m’intéresse, le problème vient de l’alliance des enseignants et de la direction avec une association indépendante de personnes intéressées par l’école. Cette association était présente avant 1998. Un héritage du passé que l’on a maintenu, qui sur papier semble une bonne idée.

    Le noeud du problème c’est que les actions de l’association nuisent à la mise en oeuvre du plan de réussite que le CÉ est en charge d’actualiser. La direction et les enseignants ont tendance à supporter l’association dont une des principales fonctions est de collecter des fonds pour l’école. En ce qui a trait à cet organisme, les membres ne déclarent pas leurs intérêts et participent aux discussions. D’ailleurs la présidente de la commission scolaire est membre de l’association.

    Impossible de porter plainte.

    Je pense qu’il faudrait examiner de très près ce qui se passe dans les commissions scolaires où des organismes de charité jouent le rôle des comités de parents, exercent des fontions ou pouvoirs similaire à ceux du conseil d’établissement.

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