La réforme papier: peu de résultats


« Les chaînes de l’humanité torturée sont faites de paperasse. »
Franz Kafka

Depuis 2000, on assiste dans le monde scolaire québécois à un virage, un virage papier,  corollaire de la décentralisation des pouvoirs de l’État, relié à l’obligation de rendre des comptes. C’est pourquoi depuis 2000, une bonne partie des efforts administratifs des responsables du monde scolaire québécois sont consacrés à la gestion de paperasse: plan de réussite, plan d’intervention individualisé, plan de lutte contre l’intimidation, divulgation des résultats aux examens, consultations de la commission scolaire, rapports annuels.

Or, outre le fait de tenir les responsables occupés, cette gestion donne-t-elle les résultats auxquels on s’attendait? Rien de moins certain. Quoiqu’on remarque des améliorations quant à la formation des adultes décrocheurs, on sait que 35% des jeunes ne terminent toujours pas leur scolarité dans les délais prévus. À l’heure de la reddition des comptes, comment expliquer que les résultats tardent à se manifester?

D’abord, un danger guette ce style de gestion:  les moyens deviennent en quelque sorte la fin. Le temps considérable consacré à élaborer le  plan devient  plus important que l’action. Dans le meilleur des cas, le plan de réussite se matérialisera en actions concrètes toutefois dans le pire des cas, le plan peut très bien manquer  de suivi. Bref, les responsables s’acquittent de leurs responsabiltés sur papier afin de satisfaire les autorités mais n’apportent pas les rectifications nécessaires à la réalisation du plan. Au bout du compte, la résultante étant que rien ne change.

Ensuite, sans mécanismes de vérification, ce qui est divulgué dans un rapport peut faire l’objet de manipulation ou d’une lecture biaisée  en faveur des responsables . Notamment, on le voit dans le cas des rapports de l’ombudsman, ce document est souvent épuré à un point tel qu’il est difficile de suivre la nature des plaintes ou de vérifier si les corrections ont bel et bien eu lieu. Que dire des taux de réussite  des élèves? Il est trop facile de faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Par exemple une commission scolaire peut très bien afficher un taux de réussite élevé alors que dans les faits, faute de services adéquats,  les jeunes en difficulté quittent ou les parents recourent massivement au tutorat, ce à grands frais. Bref, la reddition de comptes n’est pas nécessairement synonyme d’améliorations, elle peut mener à des dérapages .

Puis, le fait d’élaborer tous ces plans alors que dans les faits, peu de personnes s’intéresse à la reddition de compte, rend l’exercice futile. Notamment, au niveau de la commission scolaire, la salle semble souvent vide lors de la divulgation des rapports annuels. En ce qui a trait aux établissements scolaires, les directions ou les présidents des conseils  auront tendance à mettre en lumière les points forts de l’institution. Au bout du compte, seuls quelques parents, sont au courant de ce qui se passe vraiment.

Somme toute, faute de suivi, en l’absence de mécanisme de vérification, par manque de transparence la décentralisation des pouvoirs de l’État vers l’école s’est transformée en immense exercice bureaucratique, détournant les efforts des acteurs du monde scolaire en outrepassant ce qui compte le plus pour les élèves: la qualité de l’enseignement, une offre de services différenciés. Les pauvres et les jeunes éprouvant des difficultés échouent toujours aux examens ministériels, comme c’est le cas depuis 40 ans et peut-être plus.

Une solution, à tout ceci? Oui, si le ministère désire avoir l’heure juste afin de réduire les taux d’échec, pourquoi ne pas cibler directement ceux qui échouent en sondant les parents qui ont des enfants éprouvant des difficultés d’apprentissage et ceux en provenance de milieux défavorisés. Suite à ces sondages, le MELS pourra constater qu’investir dans l’offre de repas gratuits ou le dépistage rapide donneraient peut-être plus de résultats tangibles auprès de cette clientèle que la lecture d’un rapport annuel.

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