L’école dans une société post-séculière


Jurgen Habermas (2008)  propose une perspective du concept controversé  «société post-séculière». Selon le penseur, la théorie de la sécularisation lorsque l’on tient compte des données comparées, ce au niveau international, semble justifiée. Toutefois au niveau de la conclusion, la théorie de la sécularisation soulève présentement l’incertitude parmi les penseurs. De manière plus précise,  l’association que l’on fait entre modernisation et sécularisation ainsi que les prévisions du rôle futur de la religion sont remis en question. Ce questionnement s’explique par la persistance des communautés religieuses dans un environnement social qui continue à se séculariser.

Le concept de société post-séculière renvoie à un changement de conscience relié à trois phénomènes: la dissociation entre modernisation et perte de la signification publique et personnelle de la religion; le rôle joué par les communuatés religieuses dans la vie politique des sociétés séculières; l’ arrivée d’immigrants et réfugiés porteurs de tradition.

Dans une société post-séculière, la religion revendique un rôle public.

Comme acteur dans ces sociétés cela exige un repositionnement . C’est ce à quoi réfléchit Habermas. En en tenant compte du contexte européen, il pose les questions suivantes:

Comment devons-nous nous concevons en tant que membre d’une société post-séculière et que devons-nous attendre les uns des autres, pour que dans nos États-Nations soudés au cours de l’histoire un commerce civil puisse être préservés dans les conditions du pluralisme culturel et philosophique?

Avant de répondre, il examine le noyau philosophique des débats qui prennent place dans ces sociétés. Le point de dépat étant l’adhésion au principe de sépartion de l’Église et de l’État. Il relate l’historique du processus ayant pris cours en Europe dans le contexte de la Réforme religieuse opposant protestants et catholiques. La tâche de l’État étant la pacification de la société. Afin de rétablir l’ordre, l’État adopte une position philosophiquement neutre. Dans ces États, une égale liberté religieuse présuppose que les membres des communautés religieuses puissent être citoyens et membres de la collectivité politique. Pour Habermas

La visée universaliste de l’émancipation politique, en effet, ne contredit nullement les sensibilités particularistes d’un multiculturalisme bien compris.

Afin de rendre opérationnel, le droit fondamental de liberté religieuse, il faut grâce au processus délibréatif inclusif trouver les bases de ce qui doit et en doit pas être toléré. Dans une démocratie, les personnes concernées sont impliquées dans le processus de prise de décision.

L’inclusion des citoyens dans la société civile ne nécessite pas seulement une culture politique mais encore

une prise en charge scolaire et universitaire qui compense les handicaps sociaux et une véritable égalité des chances sur le marché du travail.

Sans la participation des minorités à la société civile, on ne peut faire avancer ni le souci politique de prendre en compte les différences  ni favoriser l’évolution libérale des subcultures étrangères vers une participation individuelle au processus démocratique.

De nos jours, deux visions politiques de la chose s’affrontent, un groupe insiste sur la protection des identités collectives, les multiculturalistes et l’autre réclame une intégration à la culture politique existante, les rationalistes. De part et d’autre on s’accuse de fondamentalisme.

Habermas relève des fausses prémisses dans le discours des deux partis. D’une part,  le multiculturalisme s’appuie sur l’Idée de l’incommensurabilité des visions du monde, dans cette perspective les cultures seraient des univers fermés. D’autre part,  les rationalistes s’appuient sur les valeurs universelles telle que la validité universelle des droits de la personne et de la démocratie.   Le concept de  laïcité est compris en termes de séparation stricte entre la vie publique de la vie privée. La science et une dévalorisation séculariste de la religion accompagnent cette perspective. De cette pespective on réclame une égale intégration des citoyens dans la société civile.Or, cette perspective dissimule des visées impérialistes, soit celle d’une culture dominante.

Rappelant que c’est récemment que les catholiques et protestants ont adopté  le libéralisme et la démocratie suite à un retour réflexif sur la question, il soutient que ce genre de changement ne se décrète pas mais est plutôt le résultat d’un apprentissage.

Afin de trouver une issue au débat en cours, outre ce processus d’apprentissage de la part des membres de traditions religieuses, il propose que la société fasse également un cheminement. Il suggère  de ne pas exclure les positions religieuses de la sphère publique. La neutralité de l’État ne signifiant pas l’exclusion des membres des communautés religieuses de la sphère publique. L’État doit faire sa part pour autant que les citoyens religieux acceptent de se confronter en tant qu’égaux aux autres citoyens. Le partage d’une citoyenneté commune exige que le point de vue religieux soit pris au sérieux.

Pour que tout aille bien, les deux côtés doivent, chacun de sont point de vue, accepter d’interpréter la relation entre la foi et le savoir d’une manière qui permette de vivre ensemble dans un rapport éclairé par la réflexion sur soi-même.

L’école dans un Québec post-séculier

Au Québec, en 1999, la question de la religion à l’école a fait l’objet d’une vaste étude. Le choix de la laïcité ouverte, en tant que mode de gestion de la religion   s’inscrit dans ce mouvement qui tient compte des visions religieuses et séculières de la vie. L’apprentissage des fondements du dialogue est une partie constituante du cours d’éthique et cultures religieuses. Officiellement à l’école québécoise qu’elle soit publique ou privé, les jeunes de tous les horizons peuvent discuter et même débattre de divers sujets.

Or, quoique l’école ait fait le choix du dépasssement entre deux antagonismes, sur la place publique,  le débat persiste. Dès la parution du programme d’éthique et cultures religieuses, les critiques ont fusé de toutes parts. D’un côté les rationalistes, au premier chef les philosophes des lumières critiquent l’approche épistémologique du cours. De l’autre, les membres des communautés religieuses percevant une atteinte à leurs croyances  poursuivent le gouvernement.

Fort à parier, cette troisième voie celle du dépassement s’appuyant sur l’acceptation du pluralisme des visions du monde, faisant un appel à la participation à la société civile et à la confrontation entre citoyens et citoyens croyants égaux, faute d’argument sera qualifier de fondamentaliste par les deux autres. Elle l’est déjà.

L’apprentissage, ce processus décrit par Habermas risque d’être long.

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