Laïcité ouverte et commissions scolaires: 72 nuances de gris


Suite au débat concernant la place de la religion à l’école, lors des États généraux sur l’éducation en 1996,  la modification constitutionnelle apportée en 1997 et la création des commissions scolaires linguistiques en 1998, le Groupe de travail sur la place de la religion à l’école recommendait en 1999 une perspective nouvelle pour le système scolaire québécois, celle de la laïcité ouverte (1999).

Tenant compte du consensus social en faveur de l’égalité des citoyens et dans le but d’assurer la cohérence sociale dans une société dotée de deux chartes des droits et libertés, le groupe d’études considéraient que l’école devait être «un des lieux privilégiés d’éducation aux droits de la personne» (1999, p5 ). La liberté de conscience et de religion ainsi que les autres droits et libertés étaient, à juste titre, considérées par le Groupe comme les fondements de la justice et de la paix dans une société. Afin d’assurer le plein exercice de ces droits, le Groupe proposait une nouvelle perspective, celle de la laïcité ouverte.

Dans le cadre d’une école inspirée par les valeurs communes des citoyens, cette perspective fait place à un enseignement culturel des religions et des visions séculières du monde; elle reconnaît la dimension spirituelle de la personne et permet donc aux écoles qui le souhaitent de se doter d’un service d’animation de la vie religieuse et spirituelle commune à tous. Elle accepte aussi que, dans le cadre de sa mission de services à la communauté, l’école puisse, en dehors des heures d’enseignement et compte tenu de ses priorités, mettre ces locaux à la disposition des confessions désireuses d’organiser elles-mêmes ses services pour leurs membres (p.16, 1999).

Le terme «laïque» selon le Groupe renvoie à l’indépendance à toute confession religieuse. Ce terme ne signifie pas l’absence de la dimension religieuse à l’école mais cela «suppose que l’école, en ce qui concerne son statut, n’a pas de rapport organique avec aucune confession» (p.8, 1999). Pour le Groupe, il ne faut pas croire que l’école laïque ne promeut pas de valeurs. Afin de déterminer les valeurs inhérentes au projet scolaire,  il compte sur les communautés locales.

La loi 180 adoptée en 1997 a confirmé et relancé cette pédagogie sociale en dotant chaque école d’un conseil d’établissement qui réunit dans un partenariat tous les acteurs de l’école, les usagers comme les prestataires des services éducatifs. Ce conseil a comme premier mandat d’élaborer, de réaliser et d’évaluer le projet éducatif de l’école avec la participation de tous ses acteurs (p. 8, 1999).

Ce partenariat se déploie dans l’espace public qui est en principe neutre en matière religieuse

mais ce respect n’empêche en rien les parents, par la délibération commune avec les autres acteurs de l’école, de fonder la vie éducative de cette école sur des valeurs qui peuvent être partagées par tous parce qu’elles n’excluent, a priori personne. (p.9, 1999)

Bref, dans le contexte qui est le nôtre, l’école laïque ne saurait être une école sans valeurs. C’est l’école marquée à la fois par les choix des communautés locales et par l’indispensable projet national d’éducation dont les normes générales visent à garantir le droit de tous à l’éducation. On aurait donc tort de voir dans la laïcité scolaire le creuset de l’uniformité. Elle permet largement l’éclosion de la diversité dans les limites, une fois encore de la neutralité religieuse qu’impose le partenariat de la société civile de l’État. (p.9, 1999)

….l’école appartient à tous en pleine égalité et dans le respect de la liberté de religion et de conscience (p.9, 1999).

C’est donc au conseil d’établissement dont les membres ne sont pas dans l’obligation de suivre une formation reconnue à déterminer les valeurs communes de l’école. Ceci dans une culture scolaire apolitique, qui n’a pas l’habitude des débats, de la délibération et du conflit… Dans ces conditions, en faudrait-il pas se demander quel traitement est réservé aux parents minoritaires dans l’école? Leurs droits et libertés sont-ils respectés?

Selon le site du MELS, il y a de nos jours 72 commissions scolaires au Québec (60 francophones, 9 anglophones, 2 autochtones et 1 à statut particulier). Il serait fort intéressant de connaître leurs perspectives quant à la laïcité ouverte. Fort à parier que le concept fait l’objet d’interprétations diverses. Les processus reconnus par la commission scolaire, permettent-ils vraiment de déterminer des valeurs communément partagées?

Somme toute, le temps me semble propice pour une étude sur la place de la laîcité ouverte à l’école publique québécoise.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s