La gestion de la différence en Europe et au Québec: pas la même approche et pas le même contexte


Depuis le début de l’été, inspiré des réflexions européennes quant à l’échec du multiculturalisme en Europe, certains ont remis en question  l’approche québécoise de la gestion du religieux dans la sphère publique. La stratégie employée par les détracteurs du modèle québécois a d’abord consisté à remettre en question le «multiculturalisme» en tant qu’idéologie pour après affirmer son échec à la lumière de ce qui se passe en Europe. À partir de ce constat, on désire inclure une nouvelle charte qui reste pour le moment fantôme, dont le contenu n’est pas encore connu.

Or,  cette contestation du multiculturalisme m’interpelle.

D’une part, le Québec n’a jamais adhéré à la perspective multiculturelle canadienne. Dans les sphères publique et scolaire, c’est l’approche intercutlurelle qui était promue jusqu’en 1995. Par la suite, une nouvelle orientation a été proposée, soit une approche civique, la citoyenneté. Conséquemment, il y a matière à remettre en question, les motifs derrière  ce désir de revoir notre gestion de la différence dans la sphère publique. Si on veut critiquer le modèle québécois, il faudrait référer à l’approche interculturelle ou à l’approche citoyenne.

D’autre part, la remise en question du multiculturalisme en Europe se pose dans un contexte d’immigration massive qui perturbe les vieux pays, Il faut se rappeler que l’Europe  a toujours accueilli des immigrants sur son territoire. En raison du déclin de ses populations, pour des raisons économiques, l’Europe favorise l’entrée massive d’immigrants. Alors que dans le milieu des année 50, les immigrants provenaient surtout de l’intérieur de l’Europe, les nouveaux immigrants proviennent d’ailleurs.

Selon les données recueillies pas Caldwell (2009), l’Europe accueille plus de 1,7 millions d’immigrants par année. Au cours des dernières 50 ans, plus de 17 millions de musulmans sont arrivés en Europe de l’Ouest ( 5 millions en France, 4 millions en Allemagne et 2 millions en Angleterre). Dans le cas de la de la France, les mulsulmans représentent près de 13% de la population.

Toujours selon Caldwell (2009), contrairement aux vagues migratoires précédentes, l’accueil des mulsulmans nécessite des  aménagements. Pour ces raisons, l’intégration de la population musulmane est difficile, on dénote de nombreux incidents reliés aux difficultés d’intégrer ces immigrants, entre-autres de violentes émeutes.

Quant au Québec, il accueille environ 50 000 nouveaux arrivants chaque année. Selon les statistiques disponibles (Statistiques Canada 2001), sur une population d’environ 7 millions d’habitants on décompte près de 140 000 musulmans, soit un peu plus que 1% de la population. Outre les protestants,  les musulmans représentent la minorité religieuse la plus importante. Les catholiques représentent  toujours plus de 70% de la population. À l’instar de l’Europe,  les membres de la communauté musulmane vivent certaines difficultés d’adaptation au Québec. Toutefois, nous n’avons pas été témoin d’émeutes, de  fatwas ou d’assasinat d’une figure publique comme cela a été le cas en Europe.

Ceci étant dit, si on veut vraiment dialoguer ou délibérer sérieusement ne devrions-nous pas tenir compte du contexte québécois? Dès lors  la question que nous devrions poser serait, à mon avis,  la suivante: est-ce que l’approche citoyenne, l’ouverture préconisée depuis 1995, est vraiment  un échec?

Puis encore, si notre approche est un échec, est-ce que les changements proposés vont améliorer la situation?

Finalement, tant qu’à ouvrir la discussion pourquoi ne pas en profiter pour réfléchir  à notre rôle en tant que société d’accueil. En acceptant d’accueillir des immigrants en provenance de cultures non chrétiennes, le pays d’accueil ne devrait-il pas s’attendre à devoir apporter certains aménagements? Si oui, quels devraient-être ces aménagements?

Pour trouver des réponses à cette question, plutôt que de regarder du côté européen où l’on dénote des échecs, pourquoi ne pas jeter un regard du côté où l’approche multiculturelle fonctionne assez bien comme aux États-Unis et au Canada?

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