La cité scolaire québécoise: la nécessité d’un virage formel républicain


Il n’existerait pas beaucoup de recherches intéressées par le pouvoir d’influence du conseil d’établissement sur l’école. Selon Diane Miron, ex présidente de la Fédération des comités de parents, le défi d’intégrer le conseil d’établissement dans le champ du leadership persiste, le conseil n’est toujours pas considéré en tant que «levier institutionnel». Dans certains cas, il est perçu en tant que surcharge de travail par la direction.

Outre, ces problèmes reliés au dysfonctionnement du conseil d’établissement, on dénote selon d’autres travaux (voir J-P Proulx)  l’existence au sein des commissions scolaires d’une culture d’apolitisme.

On sait aussi qu’il n’existe pas d’organisme indépendant au sein du système scolaire qui pourrait s’assurer que la LIP (loi sur l’instruction publique) est respectée. Il n’y a pas de formation unique pour les membres des conseils d’établissement et lorsqu’il y a des formations, elles ne sont pas populaires.

Par ailleurs, on dénote des conflits au sein des conseils d’établissement. Miron réfère à des problèmes d’attitudes, plutôt que des problèmes reliés aux objectifs visés. Quant à moi, suite à mes observations, une grande partie des problèmes relève plutôt de la conception de la citoyenneté privilégiée par les membres du CÉ et la direction. Dès le départ, la manière d’intégrer les parents dans la prise de décision risque d’être biaisée orientée selon la conception qui est privilégiée par la direction.

Les grands perdants dans tout ceci sont les parents. Les parents qui sont les seuls parmi tous les acteurs du système scolaire à  bénéficier de la protection des grandes chartes, entre-autres la Charte internationale des droits et libertés.

Article 26

1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

Dans le cadre de la décentralisation des pouvoirs en faveur de l’école, ne pas accorder aux parents la place qui leur revient selon la LIP est inacceptable. Lorsque les parents sont écartés de la prise de décision, cela  va à l’encontre des valeurs et la vision de l’éducation à la base de la création des conseils d’établissement en 1998.  Lorsque la direction n’accorde pas d’importance au conseil d’établissement, qu’il existe une culture du non vouloir, du non respect des fonctions et pouvoirs du conseil d’établissement, ce sont les parents qui sont pénalisés.

Or, il existe une solution à ce problème. Soit que l’on oriente la prise de décision en imposant un cadre formel. Un cadre qui s’inscrirait en continuité avec ce qui se fait dans l’ensemble du système scolaire québécois qui est axé sur une approche républicaine, la délibération. Cette approche invite les membres de la société intéressés par l’éducation à participer. Dans le cas de l’école, les parents seraient invités aux délibérations.

Dans la haute sphère de notre système d’éducation, c’est l’approche prédominante. Par exemple lors des États généraux, les personnes et groupes intéressés pas l’éducation au Québec sont invités à donner leur perspective. Encore, au niveau académique, le choix des orientations du programme a fait l’objet de consultations chez les experts,  des délibérations et débats ont eu lieu. Puis, au niveau de la commission scolaire, via les nombreux comités, les parents sont consultés.

Pourquoi, ne pas faire la même chose au niveau de l’école?  Les parents pourraient être consultés lors de l’élaboration du projet scolaire et lors de l’adoption de résolutions importantes. Pourquoi ne pas mieux encadrer l’élaboration du projet éducatif de manière à ce que tous les parents intéressés par le projet éducatif puissent participer? Que l’on instaure une véritable culture délibérative. Puis,  afin de respecter la diversité des points de vue que l’on insiste sur la recherche de consensus et de compromis.  À l’instar de ce qui se fait dans la haute sphère, que l’on évite de piper les dès à l’école et que l’on donne la parole aux participants, dans le cas qui nous intéresse les parents.

De surcroît, l’instauration d’ un cadre délibératif formel permettrait non seulement de respecter les droits des parents mais encore de contrer l’apolitisme scolaire. Cet apolitisme était peut-être acceptable dans un système confessionnel mais il est devenu désuet et problèmatique dans un système non confessionnel,caractérisé par le pluralisme.

Somme toute, un encadrement formel de l’approche délibérative à l’école, jumellé à une formation en ce sens permettrait de s’assurer que la décentralisation visée par la haute sphère s’actualise dans la base sphère : que les droits des parents sont respectés à l’école; que l’on instaure une véritable culture politique participative à l’école. Ce qui n’est pas toujours le cas à l’heure actuelle.

Quand est-ce qu’on commence?

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