Après l’interculturalisme et l’éducation à la citoyenneté : l’intolérance comme mode d’intégration?


En tant  qu’élève, enseignante et chercheuse j’ai eu la chance d’assister à quelques virages idéologiques en éducation. Toutefois lorsque ces virages ont eu lieu, les choix ont toujours été faits dans le respect du contexte québécois et du cadre juridique en vigueur.  En raison de la polarisation politique  de la société québécoise, les décideurs ont toujours choisi d’éviter de favoriser un courant politique au détriment de l’autre.

Pour comprendre les choix faits en éducation au cours des dernières années, il faut d’abord et avant tout comprendre que le statut quasi constitutionnel de la Charte des droits de la personne québécoise, accorde une place prédominante aux droits de la personne,  l’individu vient au premier plan. Les droits de la personne au Québec prévalent sur les autres droits depuis 1975. Dans ce cadre, les libertés de conscience et de religion s’équivalent. Une étant aussi importante que l’autre au sens de la loi. En ce qui a trait aux comparaisons, au point de vue constitutionnel seuls les États-Unis et le Canada ont fait ce choix. Dans ces deux cas, on est loin de parler d’échec d’intégration des immigrants.

En passant,  le fait de prendre en considération la place accordée aux droits de la personne dans les lois québécoises, n’équivaut en rien à une adhésion idéologique au multiculturalisme, comme certains le prétendre.  En lieu d’une adhésion délibitante à un courant idéologique, c’est plutôt une reconnaissance de faits, soit  l’existence d’un cadre juridique particulier au contexte québécois induisant  un pluralisme sociétaire. Dans cette perspective,  la société est composée d’ individus libres de penser. Les droits de la personne, accordent une prévalence à l’individu  «au cas par cas» et non aux cultures. L’individu n’est pas déterminé par son appartenance culturelle , il est unique et pensant.

Toute ceci dans un contexte où une majorité francophone  d’origine catholique vit. Conséquemment, il existe une histoire, une culture, un héritage patriomonial sur le territoire québécois. La prédominance de cette nation explique le choix de l’interculturalisme en tant que mode d’intégration au Québec.

Surtout ne faite pas l’erreur de me qualifier de multiculturaliste ou de fédéraliste, il n’en est rien. S’il faut me trouver un qualificatif, je suis plutôt contextualiste.

Ceci étant dit, au niveau scolaire, entre 1979 et 1995, les programmes scolaires,  toujours confessionnels, valorisaient une conception particulière de la personne en développement et l’interculturalisme.  Dans cette perspective,  toutes les personnes évoluent à travers les mêmes étapes de développement.  Sans favoriser de courant politique, le Québec son histoire, sa géographie, son affiliation judéo-chrétienne ont occupé une place importante dans le curriculum. Au cours de cette période, les élèves québécois ont été formés au respect et à la tolérance. L’apprentissage du dialogue interconfessionnel  est progressivement apparu  dans le cours de religion.

À partir de 1995, à l’instar des nombreux autres pays libéraux démocratiques, un virage en faveur de l’éducation à la citoyenneté a pris cours. Dans cette optique, tenant compte du pluralisme sociétaire,  du contexte de mutation dans le domaine des sciences du savoir, des grands problèmes sociétaires,  les responsables ont opté pour un curriculum ancré dans un nouveau courant épistémologique dit« situé». Ce courant, contrairement à celui de 1979-1995, considère que les individus sont différents, se développent différemment.  Le nouveau curriculum privilégie l’éducation à la citoyenneté qui a remplacé la formation interculturelle.  Malgré ce virage, il ne faut pas croire que la culture de la majorité ait été éclipsée par une formation civique, loin de là.  Le curriculum quoiqu’un peu plus ouvert est toujours ancré dans l’histoire québécoise et son affiliation judéo-chrétienne. Toutefois, depuis 2000, les élèves québecois sont formés à la pensée critique, à faire des choix raisonnés. Le dialogue est central dans cette approche. C’est par cette voie que le vivre-ensemble dans une société libre est appris.

Bref, depuis plus de 30 ans les élèves du Québec ont été  formés au vivre ensemble, en tenant compte des particularités de la nation québécoise ce fut d’abord dans le respect de la dignité humaine, du développement de la personne  et par la suite dans le respect des consciences situées, des uns et des autres.

À la lumière des débats qui prennent cours à l’heure actuelle sur la place public, il me semble qu’il faille réfléchir à ce que nous réserve l’avenir. Une autre réforme? Le remplacement des spécialistes de l’éducation à la citoyenneté par ces visionnaires d’une laîcité exclusive?  L’apprentissage de l’intolérance étatique à l’école?

D’ailleurs, comment le personnel enseignant arrivera-t-il à convaincre les élèves à faire preuve de tolérance envers les personnes portant des signes religieux alors que le gouvernement ne le fait pas?

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