Les laïcités Nord américaines, le cas du Québec : les droits des femmes dans un État à majorité catholique


Je lisais récemment un ouvrage de M.C. Nussbaum intitulé «Les religions face à l’intolérance, vaincre la politique de la peur». Cette ouvrage traduit de l’anglais a été publié en 2012. L’auteure jette un regard intéressant sur les laïcités européennes et étatsuniennes. Notamment, elle distingue correctement les laïcités européennes qui se sont construites sur des territoires où l’on trouve des majorités homogènes au point de vue culturel. Souvent, on dénote une église d’État sur le territoire. Au cours du 20e sicèlce, ces États se sont progressivement sécularisés. Le rapport à la religion des citoyens s’ést considérablement modifié.  Dans le portrait dépeint par l’auteure, la  France  laïque  fait figure d’exception.

Cette configuration nationale ne s’apparente pas à celle des États-Unis. un pays construits , à l’instar des autres pays d’Amérique, lors des guerres religieuses. Un moment de l’histoire où les gens cherchaient un refuge en terre nouvelle. Les États-Unis ont été édifiés par des communautés religieuses.  Le multiconfessionalisme étatsuniens est encore un des caractères notables du pays. Au sein du pays, on tient à la liberté religieuse,  la place de la religion varie d’un États à l’autre.

Une des conséquences de ces différences c’est que le regard porté par les chercheurs varie selon son territoire d’attache. On remarque des différences notamment dans le milieu des années 90 alors que les penseurs européens issus de pays de confessionalité homogène annonçaient la fin de la religion, aux États-Unis cela n’a jamais été le cas.

Dans ce tableau dressant les différences entre les types de laïcités, le Canada et le Québec ne font pas exceptions, ils ont bien un caractère américain.Chaque province accorde une place différente à la religion, du moins c’est le cas pour les systèmes scolaires, une responsabilité provinciale.  Un grand nombre de dénominations religieuses ont contribué à l’édification du Canada et du Québec: hôpitaux, églises, municipalités, lois. De nos jours, on dénote la présence de nombreuses confessions religieuses. Il existe, donc, sans contredit un multiconfessionalisme de fait.  D’ailleurs, les mouvements religieux jusqu’à tout récemment ont toujours été considérés positiviement, les organismes de bienfaisance et les institutions religieuses ont droit à certains avantages.

Au Canada, le Québec, se distingue toutefois en raison de la forte présence des catholiques. Selon les statistiques disponibles (2001), plus de 83 % des Québécois se déclaraient catholiques. 4,7% de la population  se déclarait protestante, 1,5% musulmane, 1,3% juive. Ce sont les communautés relilgieuses  les plus importantes au Québec.  Dans l’ensemble plus de 90% de la population québécoise est chrétienne.

Dans le sondage de 2001, 5,6% de la population se déclarait sans religion.

Dans le débat actuel, prenant lieu sur la place publique, à mon avis, on sous-estime l’attachement religieux des Québécois catholiques à leur religion. Un des meilleurs exemples à ce propos, remonte à 1999 lorsqu’il était question de déconfessionnaliser le système scolaire québécois. Lors du sondage effectué par les responsables du Rapport Proulx, les résultats pointaient vers une polarisation des parents quant à un enseignement confessionnel de la religion à l’école. Près de 50% des parents désiraient le maintien des cours confessionnels.

C’est pourquoi, lorsque l’on déclare sur la place publique que le Québec est un État laïc et que les Québécois tiennent à l’égalité entre les femmes et les hommes, je pense qu’il faille apporter certaines  nuances.

L’État est laïc mais pas le peuple.

Seulement 5,6% de la population soit près de 400 000 sur un total de près de 8 000 000 se déclaraient laïcs en 2001.

En ce qui a trait à l’affirmation des responsables de la Charte voulant que les Québécois tiennent  aux droits de la femme à un point tel qu’il faille hiérarchiser les droits en accordant plus de poids aux droits des femmes, il semble qu’en raison du très grand nombre de croyants au Québec qu’il soit  raisonnable de remettre en question cette affirmation.

La hiérarchie des droits, telle que proposée par les responsables du projet de loi 60, risque de porter préjudice à plusieurs membres de communautés religieuses. Dans une province, où plus de 94% de la population déclare une appartenance religieuse, ce choix me semble aller à l’encontre de la volonté du peuple.

L’État a certes le devoir de s’assurer que les droits des femmes soient respectées mais ce au même titre qu’il doit défendre le droit de pratiquer une religion surtout dans un État multiconfessionnel comme le Québec. L’action d’un gouvernement juste, en raison de l’attachement à la religion de la population, ne consisterait-elle pas  plutôt à trouver un équilibre?

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