Le fondement de l’État québécois: raison ou mythe?


Kant dans sa critique de la raison pure, identifie deux système de pensée. Le choix de privilégier un de ces systèmes n’a pas de fondement objectif. Ces systèmes sont basés sur des maximes de la raison, motivés par des intérêts différents. Ces systèmes seraient à réconcilier, si on ne veut pas ajourner la vérité. Ces modes de pensée relèvent d’une part de la philosophie de l’unité , d’autre part de la philosophie de la diversité. En philosophie politique, selon Cassirer (1946-1993) ces deux approches ont donné forme à deux courants principaux : une conception éthique de l’État et une conception mythique de l’État.

Ces systèmes de pensée, loin de faire l’unanimité alimentent depuis longtemps la controverse et offrent une explication à l’affluence des écoles de pensées dans ce domaine. Selon l’approche privilégié la conception de l’État de son rôle,  de la justice,  de la raison et de la personne  changent.

La conception éthique de l’État est associée à la science et à l’idée du bien. Dans cette optique chaque individu a le droit au bonheur suprême. L’éthique gouverne les émotions. La politique est l’art d’identifier et d’organiser les actions humaines et les diriger vers un but commun. Le devenir est à créer .

La conception mythique de l’État est associée au pouvoir de la tradition, à la réception d’un destin, à «l’éternel hier». Cette approche est peu propice à la réforme, la reconstruction d’un ordre social. Le destin y est reçu.

Ernst Cassier (1993,9146, Le mythe de l’État) s’est intéressé aux théories politiques l’État. Il retient ceux qui ont le plus influencé la pensée humaine à partir du Ve siècle jusqu’au 2oe siècle. Ceci dans le but d’apporter une explication à la montée des systèmes politiques totalitaires. Après avoir décrit la théorie rationnelle de l’État, la théorie médiévale de l’État, la théorie de Machiavel, le contrat social et ses critiques, il aborde l’étude des grands mythes du 20e siècle à partir de Carlyle, Gobineau et Hégel. Selon son analyse, les écrits d’Hégel auraient inspiré, bien malgré l’auteur, la création des systèmes politiques bolchévique, le fascisme et le nationalisne social.

Il importe à mon avis de réfléchir à la place accordée par Hégel à l’histoire et sa vision de l’État. La place accordée aux droits de la personne, dans cette approche,  afin de faire ressortir les enjeux et la nécessité d’atteindre un équilibre sain entre les deux visions qui s’offrent à tout État.

Hégel réfléchit dans une période trouble, au 20e siècle, période suivant la révolution française, les guerres napoléoniques, dans la période du déclin d’un idéal étatique basé sur la logique et la raison. C’est un conservateur soucieux de préserver le pouvoir de la tradition. Pour Hégel,  dans la tradition se trouve la moralité, la coutume.  Dans la vie d’un peuple, cette dernière représente l’actualisation de la raison, consciente de soi. La raison du peuple est une substance fluide universelle qui s’irradie en multitude d’essences indépendantes. Hégel aborde la religion de manière historique mais il aborde religieusement l’histoire. L’histoire est perçu en tant que développement de l’esprit dans le temps. Les idées sont la substance de l’histoire. L’État n’est pas soumis à la morale, le devoir de l’État est de se conserver. L’État est une unité organique, une unité dialectique, une unité des contraires, La philosophie hégélienne procède d’une thèse et antithèse. Elle tolère et exige la tension. La vérité se trouve dans le pouvoir de l’État plutôt que dans le bien.  Avec Hégel, l’histoire est la réalité de Dieu, Dieu est histoire. L’État est une réalité parfaite et suprême, pas seulement la représentation mais l’incarnation de l’esprit divin. Hégel change l’idée de moralité, voyant dans l’État un système de moralité objective, un esprit absolu. L’idée de valeurs universelles reconnues par les nations est absurde pour Hégel. L’État est exempt d’obligation, les valeurs culturelles sont suprêmes, elles n’ont pas d’existence en dehors de l’État, l’homme doit se développer à l’intérieur de la vie sociale.

Pour Hégel qui n’était pas un esprit totalitaire, l’État en tant qu’unité organique ne doit pas effacer les distinctions.

Il faut se rappeler qu’un grand nombre de penseurs étaient croyants. Pour plusieurs protestants, la raison, les idées sont  une manifestation de Dieu. Pour Hégel, la raison d’État est une manifestation divine.  Lorsque l’on tient compte de cette particularité du protestantisme, il est plus facile de comprendre pourquoi les constitutions de ces pays, ont, en préambule, une référence à Dieu.

Ici, le problème pour le tenants du rationaliste réside dans ce sacre de l’État et de l’histoire, manifestations de la volonté divine. Dans ces conditions l’État n’a pas à obéir aux lois ou à la morale universelle. Sans les limites de la loi universelle, le pouvoir risque de devenir absolu.

C’est un des dangers que l’on court, en introduisant une charte limitant les droits individuels, l’instauration d’un pouvoir absolu. Par ailleurs, alors que l’on prétend agir au nom de la laïcité de l’État on entreprend un virage vers la primauté de la moralité de l’État versus  les droits universels, une moralité étatique qui trouve son origine dans une conception mythique ou religieuse de la politique.

 

 

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