La rationalisation des commissions scolaires au Québec: un héritage de 1997 à revoir


Jusqu’à tout récemment, dans la très grande majorité des pays chrétiens, ce sont les communautés locales qui ont fondé les écoles. Ces communautés étaient catholiques ou protestantes. Les commissions scolaires, à l’image des écoles et des communautés ayant fondées ces écoles étaient soient catholiques ou protestantes. Les parents appartenant à des dénominations autres avaient le droit à la dissidence et d’établir leur propre école. Cela a été le cas au Québec jusqu’en 1997.  En raison de l’impact de la loi 101 et l’arrivée massive de familles d’origines diverses, suite à plusieurs études, le gouvernement a pris la décision de modifier le système.   Pour cela,  il a fallu amender la constitution canadienne. Depuis, l’ancien système centré sur les communautés locales a fait place à un modèle essentiellement gestionnaire. Ce modèle quasi totalitaire, centralisent les efforts des commissaires et conseillers d’établissement vers la gestion. Une gestion qui est axée sur les résultats et la performance.  Un modèle  rationnel,  désenchanté, comme l’a si bien décrit Max Weber. Toutes les écoles du Québec ont leur plan de réussite, construit à partir du même modèle.

Faut-il le rappeler, lorsque l’on a réformé le système scolaire au début des années 2000, il était question de décentraliser le pouvoir de l’État vers l’école…

Or, à mon avis, cette rationalisation à outrance est la raison pour laquelle la politique scolaire ne fonctionne pas. Même au niveau de l’école, en raison de la bureaucratisation, il est quasi impossible de prendre le temps de réfléchir à autre chose que l’obligation de s’acquitter de toutes ces obligations qui se résument à remplir de la paperasse. D’une année à l’autre la principale tâche des élus scolaires consiste à réviser des documents, changer des mots, des virgules.  Au bout du compte après plus de quinze années de mise en application de ce formidable système visant à assurer l’efficacité des acteurs et actrices, mesurée essentiellement en taux de réussite, il y a peu de changements. Non seulement, les taux de décrochage restent trop élevés mais encore il y a un désintérêt des citoyens et des usagers pour la politique scolaire.

Afin de remédier à ce problème certains prônent l’abolition des commissions scolaires tandis que d’autres essaient de les sauvegarder. Au centre du litige, il y a un problème de légitimité du système qui se veut démocratique. Cette légitimité est remise en question en raison de la faible participation des citoyens aux élections scolaires. De surcroît même dans les écoles, le taux de participation aux élections annuelles est faible.

Pour ma part,  si on veut assurer la perennité du système je crois qu’il serait nécessaire de repenser les rapports entre l’école et la commission scolaire . En 1997, le lien organique ce sentiment d’unité, de fusion dans un ensemble a disparu.  Or, ce lien permettait aux  communautés locales de s’identifier à leur commission scolaire.  En déconfessionalisant le système scolaire on a  modifié les rapports traditionnels entre la communauté, son école et la commission scolaire pour les remplacer par une entente contractuelle entre la commission scolaire et l’école. Cette entente s’actualisant via le projet scolaire et son plan de réussite. Ce faisant, la commission scolaire plutôt que de représenter ces écoles,  devient la représentante du ministère.  Bref, les grands perdants dans toute cela, ce sont les écoles et les commissions scolaires. Les deux entités perdent leur essence au profit de l’État. Dans ces circonstances, les écoles semblent se  transformer en franchises de la  réussite et la commission scolaire joue un rôle d’intermédiaire.

Comment  peut-on rétablir le lien entre l’école et  la commission scolaire, entre l’école et la communauté et ainsi redonner vitalité à la politique scolaire?

En donnant plus d’autonomie à l’école et aux commissions scolaires. D’une part, en revenant à la mission des commissions scolaires qui à l’origine devaient représenter les communautés de leur territoire. D’autre part, en  reconnaissant le rôle que école peut jouer au point de vue identitaire auprès des communautés locales. Pour cela, il faut que la commission scolaire se mette à l’écoute des communautés et non l’inverse. À cette fin, il faudrait laisser de côté le style de gestion suffocant adopté depuis 2000 et laisser les acteurs du système agir. En somme, plutôt que  la poursuite d’objectifs pré-établis gobeurs de temps et paralysant toute initiative c’est dans le cadre de l’action réfléchie que le rôle des élus du système scolaire devrait s’actualiser.

 

 

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