Le postmodernisme est-il fondamentaliste?


Un chroniqueur du  journal de Montréal portait récemment, un jugement de valeur sur le postmodernisme en le qualifiant de fondamentaliste. À mon avis,  cette affirmation est fausse. Voici pourquoi.

D’abord, si on définit rapidement le fondamentalisme en recourant au dictionnaire Larousse, le fondamentalisme se rapporte à la religion et est une:

Tendance conservatrice de certains milieux protestants, notamment aux États-Unis qui n’admet qu’une interprétation littérale de l’Écriture et s’oppose à toute lecture historique et scientifique de celle-ci. Tendance de certains adeptes de revenir à ce qu’ils considèrent comme fondamental, originel.

D’emblée  le postmodernisme n’est pas une religion mais un concept  temporel caractérisant  une période culturelle  qui se distingue de la modernité. Pour cette raison le  recours au concept «fondamentaliste» est en soit une erreur, En ce qui a trait à la période postmoderne en ce qui a trait à  l’épistémologie ( au sens anglo saxon) le postmodernisme s’est imposé  d’abord en critiquant les fondements de la science moderne ( l’individu capable d’objectivité, généralisation des résultats et l’universalité du savoir)  et ensuite en proposant des alternatives. C’est au cours de cette période critique que l’on a assisté à la fin de l’hégémonie du positivisme en science, le constructivisme et les socioconstructivismes gagnant en popularité auprès des intellectuels.

Mais encore, si le chroniqueur de ce journal populaire,  voulait signifier en recourant au terme «fondamentalisme» que le postmodernisme s’est imposé en tant que seule voie possible, c’est aussi faux.  Notamment,  les socioconstructivismes ont défié cette idée d’universalité des connaissances. Selon ces nouvelles approches,   le savoir se construit au contact avec l’autre. L’autre existe, il ne s’agit pas d’imposer son point de vue à l’autre mais de le prendre en considération. D’ailleurs, la branche la plus ouverte, le  socioconstructivisme fort, contrairement à l’épistémologie moderne  accepte l’existence d’un pluralisme des méthodes permettant à toutes les options épistémologiques  de coexister. Dans ce courant de pensée, la vérité n’émane pas d’une seule et unique approche imposée à tous. La vérité réside dans la somme de toutes ces approches. Pour cette raison les tenants du socioconstructivisme fort ne croient pas au débat et à la méthode adversiale en tant que moyen pour construire le savoir  mais privilégient le dialogue. Une seconde branche du socioconstructivisme, de type habermassien, plus politique  privilégie la délibération, la recherche d’un consensus en tant que méthode de construction du savoir.

Évidemment, les modernes, spécialistes  du débat et de la méthode adversiale, sont confondus par ces approches.

Quoiqu’il en soit, revenant à notre question du départ, même si on fait fi de cet emploi boîteux du « fondamentalisme» en tant que concept pour décrire une période culturelle, au point de vue épistémologique, si on réfère au concept dans le sens d’une imposition d’une interprétation de la réalité c’est plutôt  l’approche moderne qui s’approche le plus du concept.

 

 

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