La démocratie scolaire : un cadre et un contexte qui étouffent l’exercice du pouvoir


Le 2 novembre 2014, il est fort probable que le taux de participation aux élections scolaires soit plus élevé. Toutefois, si cela se produit, ce n’est pas nécessairement en raison des changements qui ont été apportés.  Un des facteurs qui pourrait inciter les électeurs à voter c’est la volonté de changement. Les élus actuels sont en poste depuis trop longtemps. Malheureusement, même avec de nouveaux candidats, peu de choses changeront. La centralisation extrême, la rivalité avec le secteur privé,  le virage vers les coupes budgétaires et les contraintes telles que le coût du transport scolaire viendront saborder les efforts de ceux qui voudront changer les choses.

En effet, le virage vers le succès du plus grand nombre a provoqué une mutation du travail des politiciens scolaires. Ils se sont transformés en gestionnaires du succès et plus récemment en gestionnaires de coupes budgétaires. Le côté administratif de la position a pris le dessus sur le côté politique. Les répercussions de ce virage ultra-administratif  sont désastreuses. Les élus sont devenus des fonctionnaires et dans cette mouvance les parents, les principaux usagers du système, sont carrément laissés de côté au profit de statistiques visant à réduire le taux de décrochage, d’ententes contractuelles qui figent le système. Voire, pervertissent le système. Les commissions scolaires publicisent un taux de succès sur 7 ans sans donner les chiffres sur une période de 5 ans; ne mentionnent pas combien d’élèves quittent le secteur général pour fréquenter le secteur professionnel; ne donnent pas les statistiques quant au taux d’analphabétisme à la commission scolaire. Bref, la définition du succès selon la commission scolaire se résume  à l’obtention d’une certification quelconque, ce dans un très long délai. Les élus n’auront ici aucun choix, ils devront gérer le succès..

Ensuite, dans la région de Montréal, les responsables du secteur public se sentent menacés par la présence d’un secteur privé florissant. Pour cette raison, on assiste à l’implantation de nombreux projets spéciaux. Quoique ces projets permettent de garder certains élèves, ces écoles s’éloignent de l’idée d’une école de quartier.  Un grand nombre de projets spéciaux visent la formation de l’élite. D’autres, en contournant la loi,  imposent des frais considérables aux parents. À certains endroits, ce virage s’est fait au détriment des plus faibles et des plus pauvres. Cela ne semble pas très grave, puisque faute de spécialistes qui pourraient les aider, on les oriente vers le secteur professionnel ou les programmes pour les poches, là où ils réussiront.  Également, on voit aussi à  l’inverse, des fondations qui  financent des projets pour les plus démunis. De part et d’autre, ces projets s’éloignent du principe d’équité qui jadis orientait les choix des responsables, on crée des ghettos  socioéconomiques. Est-ce mieux qu’auparavant? Est-ce que les plus riches réussissent mieux? N’ont-ils pas toujours bien réussi, peu importe le programme? Est-ce que les plus démunis réussissent mieux où bien est-ce que l’on est en train de créer une élite  chez les plus démunis, une élite sportive? Le choix d’accentuer le sport n’est-il pas relié à une vision particulière de la pauvreté? Pourquoi le sport et pas les mathématiques? Au fond, pourquoi s’en inquiéter, ce n’est plus le peuple qui choisit , ce sont les responsables des fondations…Faute de réflexion étatique sur ce virage, le rôle des élus ici sera de collaborer à l’implantation de projets spéciaux afin de retenir la clientèle et de soutenir les orientations des fondations privées.

Puis, au nom de l’équilibre budgétaire, on voit apparaître des partenariats d’un nouveau genre. Des écoles privées pour les étudiants étrangers dans le secteur public.  À entendre les responsables, ces projets sont forts rentables, la manne quoi. Malheureusement, impossible de vérifier,  les ententes entre ces nouveaux partenaires et la commission scolaire restent nébuleuses, inaccessibles au grand  public. Faute de budget, ne voulant surtout pas mettre fin à ces entrées d’argent,  le rôle des élus consistera à appuyer le comité exécutif qui prendra les décisions à huit clos.

Enfin, si ma mémoire est bonne, une grande partie du budget scolaire est destinée au transport des élèves. Du côté anglophone, les territoires sont tellement grands que le transport scolaire est fort dispendieux. Cela même dans les municipalités ou il existe déjà le transport en commun. Par manque de vision, de connaissances ou parce que trop occupés à gérer le succès et à collecter des fonds, les commissaires n’auront pas le temps de réfléchir à cette question. D’ailleurs, aucun candidat n’a abordé le sujet dans sa plateforme électorale.

Somme toute, malgré leurs bonnes intentions les nouveaux élus devront exercer leurs pouvoirs dans un cadre serré et un contexte particulier. Les contraintes sont nombreuses: les cibles du succès, l’implantation de projets pour retenir la clientèle ou satisfaire les mécènes, contribuer à générer des fonds. Qui sait, peut-être auront-ils le temps d’examiner la question du transport scolaire, là où se trouve  une grande partie du budget ?

 

 

 

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