Les commissons scolaires: chronique d’une mort annoncée?


Le champagne pétille encore, les gagnants des élections scolaires, presque les mêmes qu’en 2007, devront jaillir des brumes euphorisantes de la victoire pour faire face à la réalité: la démocratie scolaire est en piète état. Même du côté anglophone,il n’y a pas de quoi se réjouir. D’abord, les élections ont été un fiasco monumental, les responsables n’ont pas été en mesure d’organiser le vote. Ensuite, il semble que l’appel au vote ait touché les personnes d’un groupe d’âge particulier ce qui n’est pas très bon en démocratie. Puis, maintenant, il reste à vérifier toutes les plaintes pour les irrégularités signalées pendant la campagne et le vote.

Pendant ce temps à Québec, le ministre Bolduc annonce des changements. Il semble ici que ces changements viendront d’en-haut. Ce n’est pas idéal, mais lorsque l’on connaît le système scolaire québécois, si on veut faire des changements, à mon avis, c’est la seule manière de procéder.

D’abord, on peut immédiatement prévoir que les commissions scolaires et la Fédération des commissions scolaires s’opposeront à tous les changements qui pourraient les affecter. Il en va de même pour plusieurs groupes de pression. Entre-autres dans les commissions scolaires anglophones, du moins la mienne, on dénote l’existence de plusieurs groupes qui défendent les droits de la minorité anglophone, ce sans avoir été élus au suffrage universel. Personnellement, je me questionne sur la quantité de ces groupes défendant à peu près la même cause qui reçoivent des subventions gouvernementales. Ces groupes de pression subventionnés sont présents à toutes les consultations. Ils ont même des employés permanents. Dans ces conditions, il est difficile pour un simple citoyen de se faire entendre.

Ensuite, les universitaires semblent pris au dépourvu. C’est peut-être dû à l’absence d’un département de politique scolaire, plus précisément de politique scolaire appliquée. Plusieurs manoeuvres politiques n’ont rien à voir avec un système de gouvernance collégial axé sur la bonne entente et la bureaucratie.  Certaines situations sont complexes et nécessitent du temps afin d’être bien analysées. Pour cela, il faudrait des chercheurs qui savent qu’entre un énoncé de politique et son application, il existe des zones grises. L’application de la LIP (Loi sur l’instruction publique) relève d’une interprétation, plus ou moins motivée, qui nuance son actualisation.

Entre ce qui est dit ou rapporté et la réalité, il existe parfois tout un monde. Pourtant, il est rare que les commissions scolaires fassent l’objet d’un suivi. Pour cela, il faut  des circonstances exceptionnelles. Par exemple,   la relation étroite entre les fournisseurs et les élus à la  Commission scolaire de Laval a fait l’objet d’un suivi, mais pour cela  il a fallu qu’une ancienne présidente de commission scolaire devienne ministre de la Famille avant qu’il y ait une enquête. Les partis d’opposition ont réussi à agir en peu de temps, là ou les acteurs du système scolaire semblent impuissants. D’ailleurs, étant donné l’importance des budgets qui sont gérés par les commissions scolaires, on peut questionner le peu de vérification fait.

Encore, dans une commission scolaire anglophone, selon mes observations, il s’est produit un  phénomène particulier. Le  système scolaire québécois est officiellement ouvert et laïc, on compte sur la démocratie en tant que modèle de gouvernance. Or, les décideurs anglophones ont voulu maintenir un vestige de la gouvernance protestante: une organisation de charité indépendante qui agit en tant que comité de parents.  Les associations locales sont fédérées et se substituent aux comités de parents (OPP) dans les écoles sans que les parents soient informés du statut charitable de l’organisation. La résultante étant un détournement de la démocratie scolaire car on canalise l’énergie des parents membres du comité de l’école vers la pratique des bonnes oeuvres, ce à leur insu.  Cet organisme de charité est puissant, bien plus qu’une simple organisation de participation parentale et même plus que le conseil d’établissement principalement parce qu’il a pris le contrôle d’une bonne partie des revenus de l’école. De plus, cet organisme prend parole au nom des parents alors qu’il existe déjà une structure pour cela: les comités de parents. Ce dédoublement divise les parents et remet les pouvoirs des parents (ceux dont les enfants fréquentent l’école ) entre les mains de personnes qui ne sont pas nécessairement parents. La présence de ce groupe porteur d’une vision traditionnelle de la communauté anglophone  sclérose tout le système démocratique de l’école anglophone: impossible pour les  parents de l’école de discuter du projet éducatif ; le conseil d’établissement est informé des décisions prises par l’organisme (à noter, cet organisme  reçoit une subvention du MELS…).

Cet attachement aux collectes de fonds est profond chez les anglophones, surtout dans l’Ouest de l’île de Montréal.  La situation est telle que plusieurs définissent la communauté anglophone à partir de ces pratiques philanthropiques ce qui affecte le projet éducatif.  Les responsables, souvent sans s’en rendre compte, entretiennent une confusion entre un organisme de charité enregistré qui est apolitique dont le mandat est pré-déterminé, limité ; une organisation de participation parentale qui elle est politique, elle peut déterminer son mandat et sortir du giron de la philanthropie. Pour cette raison, au point de vue légal une ne peut se substituer à l’autre. D’ailleurs, cette confusion existe également dans les écoles. Notamment, les conseils d’élèves se vouent essentiellement à la collecte de fonds. Puis, dans les écoles de la commission scolaire, les élèves subissent un endoctrinement. Plutôt que d’éduquer les jeunes, de les faire réfléchir  et après de les laisser faire des choix éclairés, les élèves sont fortement incités à participer aux activités philanthropiques. La plupart des prix de fin d’année remis aux élèves impliquent la participation à des activités philanthropiques.

Pourtant, il existe des solutions qui pourraient rendre les écoles publiques anglophones québécoises plus ouvertes et laïques. Notamment, certaines écoles privées anglophones ont  tout simplement limité les collectes de fond. Toutes les activités philanthropiques sont optionnelles et se font après les heures de classe.

Par ailleurs en 2010, les membres du CELA (équivalent anglophone du CSÉ) ont souligné: la transformation de la communauté anglophone; la présence de personnes d’origines diverses ; l’importance de considérer ces changements dans les écoles (voir Former les  anglophones d’aujourd’hui (2010)).

Selon le CELA (2010):

Le patrimoine culturel des communautés anglophones […] est difficile à définir parce que les communautés anglophones évoluent. Il n’existe plus une communauté d’anglophones. Au départ l’idée de préserver le système scolaire anglophone était de protéger les droits de la population anglophone traditionnelle du Québec. Aujourd’hui cette représentation n’a pas grand chose en commun avec celle que l’on retrouve dans le système scolaire anglophone.

Tant que les vestiges de gouvernance de l’ancien  système occuperont la place réservée aux parents de l’école, une nouvelle représentation de la communauté anglophone ne risque pas d’émerger. La nouvelle communauté fréquentant les écoles anglophones continuera d’être éclipsée au profit d’intérêts autres, défendus par les porteurs  d’une vision traditionnelle de la communauté dont les enfants ne fréquentent plus les écoles.

Oui, il est  temps que le ministre Bolduc réfléchisse à la gouvernance dans les écoles québécoises. Espérons qu’il en profitera pour jeter un coup d’oeil éclairé sur ce qui se passe chez les anglophones. Il semble que le virage démocratique  relié à la saine gestion des écoles anglophones ouvertes et laïques reste encore à venir. En s’attaquant à cette manière de faire, certains interpréteront le geste comme une attaque envers la communauté, mais ici, il faut le souligner, il s’agit de la vieille communauté qui n’est plus représentative des familles fréquentant les écoles anglophones.

 

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