FAE : expertise pratique pour les enseignant(e)s, connaissances pour les élèves???


Sylvain Mallette, le président de la Fédération autonome des enseignant(e)s (FAE)  a affirmé publiquement qu’il y avait trop de « gérants d’estrade » impliqués en éducation. Des gérants qui ne connaissent pas grand chose à ce qui se passe dans la classe. Lorsqu’il a été question du nombre d’élèves par classe, ce dernier a donné à titre d’exemple la  classe de 36 élèves dont plusieurs éprouvent des difficultés d’apprentissage. Des conditions d’enseignement qui en sont pas acceptables. Je pense qu’à ce sujet, il est possible d’atteindre un consensus, c’est inacceptable. Là n’est pas le problème. Mais avant d’aller plus loin, quant à la question du nombre d’élèves par classe, j’aimerais souligner quelques problèmes avec le discours  tenu par le représentant de la FAE.
La FAE valorise l’expertise du personnel enseignant et vise une reconnaissance accrue de l’expertise enseignante.

La FAE a entamé, il y a plus de trois ans, des travaux de réflexion et d’analyse sur la question de l’autonomie professionnelle, des structures scolaires et des encadrements légaux qui régissent actuellement la profession enseignante au Québec. L’objectif est de faire reconnaître pleinement les enseignantes et enseignants comme premiers experts de la pédagogie en leur redonnant toute l’autonomie nécessaire à l’accomplissement de leur tâche primordiale : enseigner.

Toutefois, pour comprendre un peu plus, ce à quoi réfère S.Mallette, il faut lire les d’entrevues accordées par le président qui  semble privilégier l’expertise enseignante mais ce au détriment de celle des théoriciens( voir articles 20132015). Il affirmait en 2013:

Surtout, poursuit-il, les enseignants doivent se retrouver au coeur du questionnement et de la démarche qui s’ensuivra. « Nous, nous affirmons que les enseignantes et les enseignants sont les premiers experts de la pédagogie – pas les seuls, mais les premiers – puisque nous sommes au quotidien avec les élèves. Nous ne possédons pas une expertise théorique, mais bien une expertise réelle. On devrait donc s’appuyer sur notre expertise, plutôt que sur celle des théoriciens qui n’ont – et je ne suis pas gêné de le dire – aucune connaissance de la classe », déclare Sylvain Mallette.

Selon toute vraisemblance, en ce qui a trait aux enseignant(e)s S.Mallette privilégie clairement le savoir pratique de ces derniers, les compétences. Pourtant lorsqu’il s’agit des élèves, il tient un tout autre discours, il plaide pour une approche plus équilibrée entre l’acquisition des connaissances et le développement des compétences. (2013)

« Il ne s’agit pas de revenir aux anciens programmes, mais de réintroduire la notion de connaissances dans les programmes, dit-il. Il faut que, à l’école, on transmette les connaissances – oui, des compétences, des savoir-faire et des savoir-être -, mais les programmes doivent s’appuyer sur les connaissances ! »

Or, ce rejet de l’apport des théoriciens  pose à mon avis problème. D’abord, une approche qui fait fi des notions théoriques, normalement ne relève pas de l’ expertise mais de la technique. Faut-il comprendre qu’au Québec l’enseignement serait plus technique que autre chose?

Pourtant, si la FAE collaborerait avec les théoriciens en adoptant une approche plus équilibrée, elle pourrait faire avancer bien des dossiers. Entre autres, en ce qui a trait aux élèves en difficultés et les garçons. Selon certains, la réforme scolaire, introduite en 2000,  est un problème pour ces groupes qui obtiennent de meilleurs résultats dans un milieu plus structuré. Comme la réforme est ancrée dans une approche  post-moderne, un socioconstructivisme apolitique, qui tient compte de la pluralité des approches scientifiques, il me semble qu’il serait possible d’avoir recours à d’autres approches théoriques pour ces groupes. Toutefois sans l’éclairage des théoriciens de l’épistémologie, il ne sera pas possible d’adapter les programmes.

De plus, en ce qui a trait à la classe et sa composition, la science permet d’établir des comparaisons. En effet, selon une recherche de l’OCDE portant sur  la taille des classes et sa composition, le Canada (p.432) compte en moyenne pour l’école secondaire 15,9 élèves par enseignant(e). Cette moyenne est plus élevée que la moyenne des pays de l’OCDE (15,4) étudiés. Le calcul du nombre d’élèves par enseignant(e) tient compte de plusieurs facteurs.  Voici quelques moyennes:

Canada: 15,9

Finlande: 13,6

Allemagne: 14,8

OCDE: 15,4

La Finlande qui réussit très bien aux examens PISA. Entre-autres, cette dernière compte au 1er cycle de l’école secondaire 10,1 élèves par enseignant comparativement à 16,6 pour le Canada!

En puissant dans la science, il me semble que la FAE  aurait quelques arguments en sa faveur. Toutefois, sa position de rejet par rapport au savoir théorique semble aller à  l’encontre d’une gestion efficace de l’éducation puisque dans certaines circonstances, il existe des solutions théoriques à certains problèmes. De plus, la science apporte un éclairage qui permet d’établir des comparaisons et ainsi d’identifier les approches les plus efficaces.

Un ordre professionnel ou une association professionnelle des enseignant(e)s ne rejetterait aucune forme de savoir. Il (elle) informerait et formerait les enseignant(e)s afin qu’ils puissent finalement fonctionner de manière éclairée dans cette ère post-moderne où les pédagogies se côtoient.  Cela permettrait de mettre fin à ce schisme entre les théoriciens des sciences de l’éducation  et les praticiens de l’éducation au Québec. Un schisme entre la théorie et la pratique  qui est aussi inacceptable que ces classes de 36 élèves à multiniveaux.

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