La Fédération des comités de parents: le brassage de structures et la démocratie scolaire


Ce matin la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) prend position par l’entremise du journal La Presse. Elle estime que les changements pensés par le ministre Blais risquent de ne pas améliorer la situation des jeunes. Le porte-parole de la Fédération Mme Payne affirme:

« Ce n’est pas un brassage de structures qui va changer les choses et améliorer la vie de nos enfants ». […]

Elle affirme que la Fédération n’a jamais réclamé l’abolition des élections scolaires – elle ne s’est pas prononcée formellement sur la question. Elle demande plutôt de « clarifier » ou de « bonifier » les pouvoirs et les responsabilités accordés aux parents qui siègent aux commissions scolaires et aux conseils d’établissement.[…]

Le plus important changement vise à accorder le droit de vote aux parents qui siègent au sein des commissions scolaires. À l’heure actuelle, les commissaires-parents n’ont qu’un droit de parole.

La Fédération ne s’était pas prononcée auparavant sur la question des structures, elle croit qu’il est possible d’accorder plus de pouvoirs aux parents sans toucher aux structures. On sait que le ministre Blais a annoncé une décentralisation des pouvoirs favorisant les parents.

Il faut savoir ici que la création de la Fédération des comités de parents, il y a 35 ans, s’est produite en parallèle avec la venue des commissions scolaires et  l’arrivée du suffrage universel. La Fédération, elle-même, est un lieu de centralisation des pouvoirs, du moins d’organisation des pouvoirs. Elle représente les parents de 61 commissions scolaires. La mission de la FCPQ se résume principalement à ceci:

La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) tire sa raison d’être de l’existence, dans chacune des commissions scolaires, d’un comité de parents représentant les parents des élèves des écoles publiques primaires et secondaires. La mission ultime de la FCPQ est de défendre et de promouvoir les droits et les intérêts des parents des élèves des écoles publiques primaires et secondaires de façon à assurer la qualité de l’éducation offerte aux enfants.

 

La position de la Fédération en faveur du maintien d’un statu quo (ou presque)  étonne puisque plusieurs rapports ministériels, abordant la question de  la gouvernance scolaire, soulignent l’existence de problèmes reliés à la réticence des commissions scolaires à partager, voire  à respecter les sphères de pouvoirs des écoles. Dans certaines commissions scolaires,  la loi 180, adoptée en 1998,  n’est toujours pas effective, il n’y a toujours pas d’organisations de participation parentale, elles ont été substituées par autre chose.  De surcroît, dans ces commissions scolaires,  les parents ne sont pas membres de la Fédération. Conséquemment, ils sont  isolés, coupés des formations pertinentes qui leur permettraient de s’affranchir du joug de la commission scolaire.

Il est vrai,que la FCPQ ne peut parler qu’au nom de ses membres, cependant cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas à ce préoccuper du sort des parents absents…

Justement à ce qui a trait aux représentants des parents siégeant sur les comités de parents, selon mes observations, même en ce qui a trait à la démocratie dans les écoles, il existe des problèmes. L’Assemblée générale en début d’année n’attire pas toujours les parents en grand nombre. Il est parfois difficile de trouver des candidats désirant siéger sur le conseil d’établissement. Le poste de représentant des parents, en particulier, pose problème puisqu’il est plus exigeant.  Le poste reste parfois vacant ou le parent est élu par acclamation, faute d’intérêts.  Bref, la légitimité démocratique des représentants des parents se situe, selon mes observations,  à peu-près au même niveau que la légitimité des commissaires.

Mme Payne devrait comprendre qu’il ne s’agit pas d’un simple brassage de structures. L’idée derrière ce changement n’est pas que d’améliorer la vie des enfants, mais de revigorer la démocratie dans le système scolaire. La décentralisation des pouvoirs vers l’école cible d’une part, l’augmentation du taux de participation aux élections, assurant la légitimité des élus, en modifiant le suffrage pour y inclure les principaux intéressés soient les  parents et les acteurs du monde scolaire. D’autre part, on vise à permettre à ces derniers d’exercer des pouvoirs réels, comme c’est habituellement le cas en politique. Il me semble assez évident que l’attribution d’un rôle politique accru aux parents et aux acteurs du monde scolaire pourrait grandement améliorer la vie des enfants d’aujourd’hui en replaçant les intérêts premiers de ces derniers au centre des préoccupations à la commission scolaire.

Espérons que le ministre examine la question de la légitimité démocratique en milieu scolaire de fond en comble. Habituellement, en démocratie le principe de représentativité importe, l’élection d’un candidat par un grand nombre de personnes est un gage de légitimité et le choix du bon candidat devrait permettre de choisir une personne de qualité, disponible, capable de comprendre les documents, en mesure de s’exprimer au nom de ceux qu’il représente. Pour l’instant, on assiste plutôt à une forme de démocratie par défaut à tous les niveaux. Dans ces conditions, la question que devrait poser la FCPQ ne devrait-elle pas plutôt être la suivante: sans brassage de structures, devant l’état des lieux, le système actuel permet-il d’améliorer la vie de tous les enfants fréquentant le système scolaire public, de manière efficace?

 

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