Les élu(e)s scolaires: servir ou se servir?


Certes, plusieurs personnes intègres siègent sur les conseils d’établissements et à la commission scolaire. Toutefois, quelques uns, entrent en politique scolaire et y restent pour des raisons qui mériteraient qu’on s’y attarde. Gabriel Nadeau Dubois, dans un article aborde la question de l’élite au pouvoir. En introduction, il soutient:

Si on se fie aux titres des quotidiens, les arrestations de l’UPAC ont suscité une «onde de choc» au sein de notre classe politique. Mais pour la majorité des citoyens du Québec, elles confirment avant tout le sentiment, déjà répandu, qu’un mal profond afflige l’élite du pouvoir. Celle-ci a renoncé à servir le bien commun.

Pour ma  part, je ne pense pas que ces élus aient renoncé à servir le bien commun. ils continuent de le faire tout en se servant eux-mêmes. Ils perçoivent le bien commun et l’intérêt personnel en termes fusionnels. Après tout, ils consacrent leur temps à servir et reçoivent moins qu’ils ne le devraient en échange…. Ils gagneraient beaucoup plus au privé… Donc pourquoi ne pas niveler les choses? Si ce n’est pas pour eux-mêmes pourquoi ne pas aider la famille et les amis?

Or, pour des raisons systémiques la politique scolaire court, tout autant , le risque d’être malsaine.

D’abord, prenons les conseils d’établissements. Les parents et les membres du personnel siégeant dans les conseils d’établissement ne reçoivent aucune rémunération. Servir devient un geste altruiste, une mission, enfin presque. Parmi les parents en milieu anglophone, on trouve des parents de diverses origines: issus du domaine de l’éducation, des consultants en éducation, des fournisseurs de produits, des membres de l’Association foyers-écoles, autres professionnels, des chefs de famille. Certains comprennent qu’ils sont des représentants des parents, d’autres sont là pour en savoir plus, d’autres veulent changer les choses pour leur enfant, certains défendent les intérêts de leur association voire leurs propres intérêts. Un fournisseur actif à la commission scolaire, on peut le penser, risque d’avoir un avantage sur ces concurrents.  Bref,  faute de rémunération, les parents s’impliquent en gouvernance scolaire pour diverses raisons. À mon avis, si on s’intéresse à la notion de servir le bien commun,  il y aurait matière à enquêter sur les motivations des personnes impliquées dans les conseils d’établissements en portant une attention particulière aux représentants des parents à la commission scolaire.

Ensuite, examinons le conseil des commissaires. Les rémunérations sont calculées à partir du nombre d’élèves. Ainsi, c’est à la CSDM, une des plus pauvres au Québec, que la présidente et ses commissaires sont les mieux payés. La présidente fait à peu près 80 000$ par année. En ce qui a trait à la CSLBP, une des plus riches au Québec, la présidente fait environ 30 000$ par année. On soupçonne ici que cet écart s’explique par les revenus de la taxe scolaire. Bref, les rémunérations octroyées aux élu(e)s ne tiennent ni compte du contexte où ils oeuvrent ni du nombre d’heures consacrées à la tâche mais du nombre d’élèves. N’est-ce pas un peu désuet comme manière de fonctionner? Surtout lorsque l’on tient compte que les commissions scolaires n’ont pas de contrôle sur la taxe scolaire?

Par ailleurs, hormis la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec,  les élus n’ont pas le droit à des compensations, après leurs mandats. N’a-t-on pas ici, tous les ingrédients pour un dérapage? Un salaire de 30 000$ par année pour gérer un budget de 250 000 000$, plus tous les cadeaux des fondations et organisations de charité et les revenus des écoles accueillant les élèves étrangers, n’est-ce pas trop peu?

Gabriel Nadeau Dubois, dans le même article, conclut comme suit:

Il existe bien sûr des individus honnêtes en politique, mais cela ne vaut pas grand-chose quand c’est la mécanique politique elle-même qui est enrayée. Le Québec est mûr pour un grand ménage. S’il ne se fait pas de manière démocratique, le ressentiment actuel risque de nourrir la montée d’un autoritarisme dont on constate, chez voisins du Sud, toute la violence et la bêtise. Ce grand ménage ne se fera pas sans que soit brisé le lien qui nous raccroche encore à la classe politique qui occupe le devant de la scène depuis des décennies. Pour mettre fin à la corruption, il faut cesser de mettre au pouvoir ceux qui en profitent.

La «mécanique politique» scolaire est aussi enrayée, en partie,  parce que les mêmes personnes restent à très long terme.  Un grand ménage s’impose aussi pour mettre fin au manque de transparence, au copinage et à tous les autres actes répréhensibles. Tout en cessant «de mettre au pouvoir ceux qui en profitent», il faudrait aussi réfléchir à ce système qui remonte aux années 60. Une époque où l’on comptait près de 1600 commissions scolaires, alors que, de nos jours, il en reste 72.

En ce qui a trait à la montée de l’autoritarisme en gouvernance scolaire, cela semble déjà présent. Voici une vidéo, mettant en scène la présidente de la Commission scolaire Lester B. Pearson lors du baîllonement de C.Eustace, un citoyen, en 2014. Ce dernier est impliqué depuis plus de 17 ans en politique scolaire.  Il assiste à toutes les réunions du conseil des commissaires. Il a été impliqué dans plusieurs dossiers, tels que celui des garderies illégales ouvertes par la commission scolaire, les contrats octroyés à d’anciens présidents devenus consultants. Dernièrement, le commissaire à l’Information, lui a donné raison dans une cause l’opposant à la commission scolaire (voir l’article du journal The Suburban).

 

 

 

Le fait de tenir des élections scolaires municipales et scolaires simultannées, j’ai bien peur, ne sera pas suffisant pour remédier aux maux qui affligent la politique scolaire. Le ministre Proulx affirme que le statu quo n’est plus acceptable que les commissions scolaires devront «se mettre au service de la décentralisation».. Tant mieux, voyons maintenant quel sera le contenu de son projet de loi qui sera présenté en juin 2016. Reste à espérer que les mécanismes politiques fassent l’objet d’une mise au point.

 

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