La bataille des intérêts en milieu scolaire: quelle chance ont les élèves?


 

«Alors les requins arrivèrent et mangèrent les femmes et les enfants d’abord

 

J-Charles, La Foire aux cancres

 

Dans la littérature scientifique, lorsque l’on traite du système éducatif, on situe l’éducation dans un «carrefour» entre la société, la culture, le politique, le juridique, le scientifique, la pratique. Parfois on réfère à des «tensions» entre les différents acteurs du système. Pour ma part,  je préfère le terme «bataille» des intérêts. Puisque lorsque l’on réfère au concept de bataille, il est sous-entendu qu’il y ait des perdants. Parce que les lutteurs défendent des intérêts.  Quels sont au juste les intérêts en cause et qui sont les grands perdants dans notre système éducatif? Voici un bref survol.

Premièrement en ce qui a trait aux intérêts on retrouve  l’État. Derrière ce dernier on trouve plusieurs groupes intéressés: la société, le politique, le scientifique. Les programmes scolaires et les cadres organisationnel et juridique dans lesquels fonctionnera le système sont l’aboutissement de plusieurs débats. Rapidement afin d’illustrer qu’il y a bel et bine des intérêts en jeu, prenons le cas de  la communauté scientifique. Entre 1995-2000 une lutte féroce a pris court.  La théorie du savoir retenue dans la refonte des programmes scolaires de 2000 a été l’objet d’une bataille vigoureuse entre les défenseurs de divers courants épistémologiques. Encore de nos jours, plusieurs disciplines notamment les cours d’histoire et de cultures religieuses sont toujours l’objet de critiques de la part de ceux dont l’orientation scientifique n’a pas été privilégiée.  Bref, les programmes scolaires ne sont pas la résultante d’un consensus mais bien l’issu d’un combat. Dans cette perspective,  il est possible de distinguer ceux qui appartiennent au courant privilégié par les décideurs, les gagnants, des autres, les perdants.

Deuxièmement, une fois les orientations des programmes sont fixées, les actualisateurs des politiques scolaires, entrent en jeu. Le personnel, les enseignants, la direction et les gouvernements scolaires deviendront des interprètes de la réforme. L’interprétation mène à des variantes qui font l’objet de débats. Dans ce lot, on retrouve les syndicats du personnel, des enseignants des directions d’école, les cadres à la commission scolaire et les élu(e)s. Parfois on retrouve également des organisations communautaires ou charitables qui agissent dans le giron de l’école. Officiellement, les parents font partie des actualisateurs des politiques scolaires. Malheureusement, sans formation, ces derniers sans défense ou presque, à bien des endroits, ne font même  pas partie du processus décisionnel. Ils sont surtout informés, consultés. Il arrive même que leurs fonctions et pouvoirs ne soient pas respectés. Bref, lorsqu’il s’agit des parents, exclus des débats, condamnés à être témoins, semble-t-il,  ils sont perdants avant même que la bataille commence. Encore, si bataille il y a, ils sont carrément incapables de se défendre.

À mon avis, le manque de formation des acteurs du système est la  source principale de ce non respect du rôle que devrait jouer les parents.

  • Quelle chance ont les parents lorsque des chefs syndicaux siègent dans les conseils d’établissement?
  • Quelle chance ont les parents lorsque les enseignant(e)s considèrent que les parents envahissent leur sphère de pouvoir?
  • Quelle chance ont les parents lorsque la commission scolaire se charge des orientations des programmes scolaires en proliférant les projets spéciaux?
  • Quelle chance ont les parents lorsque l’on ne les informe pas correctement et que des groupes communautaires prennent en charge leurs pouvoirs et fonctions?
  • Quelle chance ont les parents lorsque des élu(e)s devenus des professionnels à la commission scolaire ne croient pas en eux?
  • Quelle chance ont les élèves lorsque l’on écarte les défenseurs de leurs intérêts du pouvoir?
  • Qui s’intéresse à ce que les parents jouent pleinement leur rôle en gouvernance scolaire???

Depuis la déconfessionnalisation des écoles québécoise, le rôle des parents est plus que jamais essentiel. Je ne parle même pas ici de donner des  pouvoirs accrus aux parents mais de respecter leur rôle, celui qui est prévu par la loi. À plusieurs endroits, les parents n’ont jamais pu jouer ce rôle. Pour tout dire, dans les cas extrêmes les parents ont été éjectés du carrefour éducatif, ils ne constituent même pas une tension, ils ne sont pas en mesure de se défendre. Pour que les parents soient en mesure de participer pleinement, il faut des actions fermes.  La nonchalance actuelle, l’absence de prise en compte du cadre juridique, l’absence de formations obligatoires universelles et l’absence de suivi, doivent être abordés de front. De plus, toutes les interprétations distordues alimentées par les acteurs du terrain conduisant à la mise à l’écart des parents du gouvernement scolaire doivent faire l’objet d’une attention particulière.  Le ministre de l’Éducation a un rôle à jouer. Espérons qu’il a compris cela.

 

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