Commissions scolaires québécoises: une démocratie déviante ?


Est-ce que l’exercice du pouvoir dans les commissions scolaires correspond aux critères essentiels caractérisant un régime démocratique?

Selon les informations trouvées sur le site de Politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, les éléments suivants sont à prendre en compte lorsqu’il s’agit de la démocratie:

« Étymologie: de dêmos*, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté ». Régime politique fondé sur le principe que la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens , soit directement (par des référendums) soit indirectement par l’intermédiaire de ses représentants élus. Les élections doivent se tenir au suffrage universel, de façon régulière et fréquente («Free, fair and frequent elections» Robert Dahl). 

La démocratie suppose l’existence d’une pluralité d’options et de propositions, généralement incarnées dans des partis et des leaders ayant la liberté de s’opposer et de critiquer le gouvernement ou les autres acteurs du système politique. Une démocratie existe donc qu’en autant qu’on y trouve «une organisation constitutionnelle de la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir» (Raymond Aron) . La démocratie exige aussi que les grandes libertés soient reconnues: liberté d’association, liberté d’expression et liberté de presse. Juridiquement, une démocratie s’inscrit dans un État de droit; culturellement, elle nécessite une acceptation de la diversité.

On oppose la démocratie à l’autocratie: tyrannie, aristocratiemonarchiedictature et toutes les formes de pouvoir où la majorité est exclue du processus décisionnel (régimes autoritaire et totalitaire). 

Le terme est parfois utilisé d’une manière abusive ou trompeuse pour maquiller une dictature (exemple: «République populaire démocratique» de Corée du Nord). »

D’abord, en ce qui concerne le premier critère, cette idée d’une souveraineté exercée par l’ensemble des citoyens, soit dans le cadre d’un suffrage universel ou d’exercices participatifs, il me semble que la démocratie scolaire est déviante. D’abord  les faibles taux de participation des citoyens au suffrage universel sont un problème d’importance. Ensuite, lorsqu’il s’agit de consultations populaires le simple citoyen a peu d’occasion de s’exprimer, les groupes d’intérêts prenant de plus en plus de place.  Cela est vrai à tous les niveaux: :à la commission scolaire et dans les écoles.

Ensuite, en ce qui a trait à la pluralité d’options,  il y a une quasi absence de concurrence pacifique. Du moins s’il y a concurrence cela reste caché. Le code d’éthique des commissaires, à certains endroits, ne leur permet pas de prendre la parole ou même de critiquer une décision. Ce dans un contexte où les partis politiques sont absents. L’exercice du pouvoir politique correspond plus à celui d’un CA où la solidarité est la valeur prisée. La contestation, pourtant essentielle en démocratie, n’est pas la bienvenue.

Puis, la liberté de presse est confrontée à ce mur du silence. On refuse d’échanger avec les médias, lorsque cela se produit c’est le président de la commission scolaire qui est le porte-parole officiel de la commission scolaire. En milieu scolaire, selon toute vraisemblance le concept «officiel» est confondu avec le terme «exclusif». Les commissaires n’ont aucun droit de communiquer avec les journalistes.

Bref, un des critères les plus importants à la base d’une saine démocratie, cette acceptation si importante de la diversité est absente, mal vue. L’exercice du pouvoir se déroule dans le sens contraire  en  rejetant la diversité!  Pour faire ce constat, il suffit de jeter un coup d’oeil sur les codes d’éthique des élus; observer les séances des commissaires et le sort réservé aux commissaires jugés dissidents.

Comment  un représentant du peuple peut-il exercer ses fonctions s’il n’a pas le droit de parole, si on l’oblige à  la conformité? Comment  peut-on qualifier cet exercice de démocratique quand la presse n’a pas accès aux informations? Comment  les citoyens peuvent-ils choisir intelligemment leurs représentants lorsque ces derniers sont condamnés au silence?

Dans ces circonstances, il n’est guère étonnant que les citoyens ne se déplacent pas afin d’exercer leur droit de vote. Ils ne s’intéressent même pas aux dossiers importants. C’est bien ici que gît le danger.

Au terme de cette brève analyse, il m’apparaît que le fondement premier de l’école publique n’est pas respecté. L’école et les commissions scolaires restent entre les mains d’une minorité, souvent organisée, silencieuse. Les consultations, lorsqu’il y en a, ne tiennent pas compte des citoyens les plus démunis. Ces derniers n’ont pas de voix en milieu scolaire.  C’est par l’entremise de l’exercice de ce pouvoir sournois, silencieux  que les principes d’équité ou de justice, jadis si importants en milieu scolaire,  ont fait place à autre chose.

Ici, contrairement au message véhiculé sur la place publique, nous ne sommes pas devant un simple problème de structure, c’est la raison d’être de l’école publique qui cloche.

 

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Une réflexion sur “Commissions scolaires québécoises: une démocratie déviante ?

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