Prendre des enseignant(e)s pour donner aux médecin(s)?


200 millions, c’est la somme que le gouvernement libéral veut épargner en modifiant les conditions de travail des enseignants. Selon la gazette, les rations élèves-maître, les privilèges accordés aux élèves en difficultés, les heures de travail, le moment de la retraite seront tous affectés. On annonce également, 2 années de gel salarial.

Tout ce chambardement me rappelle le milieu des années 90. Lorsque le gouvernement Bouchard avait apporté des modifications importantes à la fonction publique. Le plus décevant, pour une jeune enseignante à cette époque était que les syndicats n’ont rien pu faire. Une loi spéciale a été votée et les enseignant(e)s sont retournés en classe bredouilles, obligés de se taire et accepter leur sort: celui d’être parmi les moins bien payés au pays.

Pour l’instant les représentants syndicaux tout comme vers 1995 s’indignent et protestent. Goldfinch (QPAT), Scalabrini (FSE) et Malette (FAE) sont pris de cours. Peut-être sont-ils trop jeunes, mais pour ma part la situation actuelle ne me surprend guère. Les enseignant(e)s sont une proie facile. Sans ordre professionnel, leur salaire dépend du bon vouloir du gouvernement.

Or, ce n’est pas le cas pour les dentistes, les médecins, les ingénieurs. C’est vrai, leur salaire est justifié, ce sont des entrepreneurs, ils ne sont pas salariés. Au Québec, ne pas être un salarié, semble synonyme de prospérité lorsqu’on offre des services au gouvernement. Pourquoi ne pas en prendre note et commencer à voir l’enseignement à partir d’une nouvelle perspective?

Prenons l’exemple des médecins: ils ont : un ordre professionnel, des associations, des représentants qui sont actifs au niveau politique.

Un ordre professionnel redoutable

Les médecins québécois sont des professionnels et doivent se conformer aux règles et aux codes déterminés par le Collège des médecins. C’est ce qui permet, à mon avis, d’assurer au public la qualité des services et delà, de gagner le respect de la population.

La mission du Collège des médecins  consiste à:

…promouvoir une médecine de qualité pour protéger le public et contribuer à l’amélioration de la santé des Québécois. Afin de remplir ce mandat, le Collège intervient de maintes façons auprès de ses membres, les médecins. Il offre aussi de nombreux services au public

Outre, cet organisme les médecins sont regroupés en association, selon leurs spécialités. Cela permet de distinguer les domaines, de rémunérer chacun selon ses forces et d’établir de manière plus précise des encadrements reliés à l’exercice différencié de la profession. Un radiologiste gagne beaucoup plus qu’un omnipraticien. Il y a une reconnaissance de la formation et de la charge de travail. Ici, c’est la valeur du service offert qui compte plutôt que l’expérience.

Le médecin et le politique

Outre cette organisation professionnelle, il semble que les médecins ont réussi à négocier des conditions salariales au niveau de la moyenne nationale. Pour protéger cet acquis, rien de mieux que de s’investir en politique. Pour l’année 2014, l’augmentation du salaire des médecins est de 540 000 millions (voir l’article de La presse). D’ici, on dirait que les enseignant(e)s, du moins en partie, feront les frais de cette augmentation….

Nommer un médecin en tant que ministre de l’Éducation

Trois médecins en politique québécoise, deux ministres et un premier ministre, c’est du jamais vu. Ce phénomène inusité coïncident également avec cette hausse des salaires des médecins. Il  faut toutefois prendre note, que les médecins ne sont pas des salariés (une stratégie qu’il faudrait peut-être envisager si un jour les enseignant(e)s en ont marre d’être sous-payés).  Le danger en nommant un médecin, ministre de l’Éducation, habitué à calculer ses honoraires à partir du nombre de patients qu’il voit, c’est qu’il transpose cette logique en éducation. C’est pas toujours une approche gagnante en éducation. En effet, les recherches indiquent que le ratio élèves-maître a un impact sur la réussite des élèves. L’idée ici, dans le cas d’élèves en difficultés n’est pas de donner un service en visant le quantitatif mais bien le qualitatif.  Quoique plus coûteux dans l’immédiat pour le gouvernement, à long terme le fait qu’un élève soit diplômé devient payant. Peut-être que cette logique serait applicable dans les milieux qui visent l’excellence, où les élèves n’éprouvent pas de difficultés, comme c’est le souvent le cas au privé. Toutefois, dans le secteur public les élèves ne sont pas tous égaux. C’est un peu comme si on demandait à tous les médecins, peu importe leur domaine, de traiter le même nombre de patients par jour. L’urgentologue et l’ omnipraticien devant traiter deux patients par jour de plus. Dans le cas de l’urgentologue, étant donné la nature du travail ce serait difficilement applicable.

Que retenir de tout ceci? Si les enseignant(e)s désirent rattraper la moyenne nationale au point de vue salariale, il faut arrêter de se fier au modèle syndical actuel. Au Québec, ceux qui obtiennent le plus sont les entrepreneurs. Investir le champ du politique est une excellente stratégie qui permet, du moins en partie, de protéger des acquis même en période d’austérité. Qui sait, de chambarder toute la fonction publique afin de dégager des fonds pour financer cette hausse? Pour financer la hausse salariale des médecins, c’est simple Il faut plus de 540 millions par année de plus. Loin de condamner les médecins pour ce virage, puisqu’ils ont raison de vouloir des conditions de travail comparable au reste du Canada, il faut plutôt les admirer et apprendre de ces derniers.

 

 

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